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Diaspora : « Je suis très fier des Burkinabè vivant au Tchad car ils honorent la patrie », confie Issoufou Savadogo, délégué CSBE au Tchad

Accueil > Diasporas • • jeudi 21 mars 2019 à 23h25min
Diaspora : « Je suis très fier des Burkinabè vivant au Tchad car ils honorent la patrie »,  confie Issoufou Savadogo, délégué CSBE au Tchad

Après le Soudan, Lefaso.net braque les projecteurs sur le voisin de l’Est, la République du Tchad, à la découverte de la communauté burkinabè vivant dans ce pays de l’Afrique centrale de 1 284 000 km2 et peuplé d’environ quinze millions d’habitants. Comme de nombreux autres pays, les Burkinabè se comptent en nombre dans le pays d’Idriss Déby Itno. Pour en savoir davantage sur eux, nous avons rencontré le président de la communauté, par ailleurs délégué Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger (CSBE), Issoufou Savadogo. Parti de son Kibilo natal, village de la province du Zondoma (une des quatre provinces de la région du Nord, à environ 145 km de Ouagadougou), ce jeune Burkinabè, qui s’est vu obligé d’abandonner l’école après le BEPC, est aujourd’hui un entrepreneur dans ce pays d’accueil où il a déposé valises depuis le 17 septembre 2009. Dans cette interview, l’infatigable, comme aiment à l’appeler des proches, nous plonge dans la vie de ses compatriotes à travers plusieurs de ses segments.

Lefaso.net : Vous avez été au four et au moulin dans le cadre du séjour, à N’Djamena, du président du Faso, Roch Kaboré, le vendredi 15 mars pour la clôture du salon de l’agriculture. Comment a été votre organisation pour ce séjour ?

Issoufou Savadogo : Effectivement, nous avons été au four et au moulin pour le séjour du président du Faso pour la clôture du salon de l’agriculture. Dès que nous avons eu, par l’ambassade, la confirmation de son arrivée, nous avons mobilisé la communauté (burkinabè) pour l’accueillir à l’aéroport international à 12h, heure locale.

Il a eu un agenda chargé, mais nos compatriotes ont pu avoir des échanges avec lui. Les Burkinabè du Tchad avaient beaucoup de sujets à échanger avec le président du Faso et ont profité également pour l’entendre sur certaines préoccupations. Dieu merci, avec le concours de l’ambassade, la communauté a pu obtenir un rendez-vous le samedi (16 mars) à 8h00 pour des échanges.

Quelles ont été les préoccupations des Burkinabè du Tchad adressées au président du Faso ?

Les Burkinabè vivant au Tchad avaient besoin de savoir sur la situation sécuritaire que traverse le pays depuis quelque temps, le vote des Burkinabè de l’extérieur, les grèves des agents financiers (ministère de l’Economie, des Finances et du Développement, ndlr), le référendum pour le changement de la Constitution.

Nous avons aussi évoqué les problèmes que nous rencontrons ici, tels que la carte de séjour qui nous coûte 200 000 francs par an pour les entrepreneurs et 700 000 francs par an pour les employés, les hommes et/ou femmes burkinabè mariés aux Tchadiens pendant des décennies sans avoir la nationalité tchadienne. Il a aussi été question de l’expertise que les Burkinabè du Tchad peuvent apporter au Burkina et vice-versa. Les préoccupations des Burkinabè du Tchad concernent aussi les fonctionnaires internationaux, surtout ceux de la santé, qui ont souligné l’intégration des nouveaux docteurs au pays.

Mais, très sincèrement, en dépit de tout, au Tchad, si tu te comportes en personne de bonne moralité avec une carte consulaire, tu n’as aucun problème.

Peut-on avoir une idée du nombre de Burkinabè vivant au Tchad et quels sont les domaines essentiels dans lesquels on les trouve ?

On peut estimer à environ 3 000, le nombre de Burkinabè vivant au Tchad et on les trouve dans tous les domaines. Nous avons des cadres burkinabè dans les ONG (Organisations non-gouvernementales) et organisations internationales. Les Burkinabè du Tchad sont également des entrepreneurs et la majorité dans diverses autres activités du secteur informel.

Quelles sont les zones (régions/villes) de concentration des Burkinabè du Tchad ?

La plupart se trouve à N’Djamena (capitale, ndlr) et dans les autres provinces du Sud, telles que Moundou, la capitale économique ; Sahr, Doba, Pala et aussi au Nord, à Abeché Mongo, Biltine.

Comment la communauté burkinabè au Tchad est-elle organisée ?

La communauté burkinabè au Tchad est composée de trois associations que sont l’AFBT (Association des femmes burkinabè vivant au Tchad) qui regroupe toutes les femmes et filles burkinabè vivant au Tchad,
2CBT (Cadre de concertation des Burkinabè de Tchad) qui regroupe tous les cadres burkinabè vivant au Tchad et l’ACBT (Association de la communauté burkinabè vivant au Tchad) qui regroupe tous les Burkinabè.

Dans certains pays d’accueil, la communauté burkinabè brille par son manque de solidarité. Quelle est la situation au Tchad ?

Les couacs, ça ne manque pas parfois ; mais Dieu merci, nous arrivons à créer et à maintenir un climat de confiance et la fibre de solidarité entre nous.

Quelle observation faites-vous chez vos compatriotes du Tchad, par rapport à leur attachement au pays ?

En toute sincérité, je suis très fier des Burkinabè vivant au Tchad, car ils honorent vraiment la patrie, le Burkina Faso. Même si on dit que parmi un groupe de tourterelles, il y a toujours des pigeons, je leur tire le chapeau.

Le Burkina se caractérise par une vie politique bien animée. Sentez-vous la vie des partis politiques au Tchad (représentations de partis politiques) ?

Pas trop. Je n’ai personnellement pas vu ou participé à des activités de partis politiques ici au Tchad.
C’est avec la mission qui est passée pour nous informer de la mise en place d’un CENIA (Comité électorale indépendante de l’ambassade), qui doit être composé de trois représentants de partis politiques (un de la majorité, un de l’opposition et un de la partie civile), qu’on remarque qu’il y a des gens qui se manifestent pour représenter des partis politiques.

Vous êtes à la fois délégué CSBE et président de la communauté burkinabè. Quelle est la différence entre ces deux niveaux de responsabilité ?

Je suis nouveau délégué CSBE (Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger), vice-président de la communauté depuis 2012 (puis président à partir de 2018). Je ne trouve vraiment pas de différence entre ces deux niveaux, qui demandent, tous, un sacrifice personnel et financier pour leur fonctionnement.

Les CSBE ont, pendant longtemps, été indexés, à tort ou à raison, comme des organisations politiques. Après un moment de parenthèse, les CSBE sont remis au goût du jour. Est-ce que ce passif ne joue pas sur son fonctionnement actuel (ne fallait-il pas changer de dénomination) ?

Je suis nouvellement élu délégué au CSBE, je souhaite vraiment rester dans le cadre strict des missions qui sont assignées à la structure à travers le décret de sa création. De par le passé, certains ont peut-être eu des visées politiques, si fait qu’ils ont pu confondre des choses.

Nous devons tirer les leçons du passé, en capitalisant ce qui a été bien et en nous servant des insuffisances pour mieux conduire ces structures au profit de tous nos compatriotes vivant à l’extérieur. Le travail de délégué CSBE, c’est de réunir tous les Burkinabè ou toutes les associations de Burkinabè, sans distinction. Donc, le délégué CSBE, de mon avis, n’est qu’un rassembleur de tous les Burkinabè.

Le premier Forum national de la diaspora (juillet 2018) a pris des recommandations. Quel est l’état que vous faites de la mise en œuvre de certains points ?

La mise en œuvre des actes du premier Forum national de la diaspora est en marche, même si certaines recommandations restent à être appliquées. Nous constatons par exemple que des missions (missions consulaires, ndlr) sont en train d’être déployées pour délivrer des documents administratifs aux Burkinabè de l’extérieur afin de leur permettre de participer aux élections ; ce qui est une première pour nous la diaspora.

Dès notre retour du Forum, nous avons partagé des informations du pays avec nos compatriotes et présenté également les opportunités d’investissement au pays, via notamment les banques qui rassurent plus. Nous leur avons également présenté le projet des autorités burkinabè pour nous la diaspora, qui est la mise en place une cité pour la diaspora.

Ces dernières années, le Tchad connaît une situation économique et sécuritaire difficile. Quel est l’impact de ce contexte sur vos compatriotes ?

La situation sécuritaire et économique difficile qu’a connue le Tchad ces dernières années a vraiment affecté la vie de nos compatriotes ici. Ce qui a causé la dispersion de la majorité des Burkinabè vers la Libye, le Soudan ou même le Cameroun. Le problème de la secte Boko Haram a amené les autorités tchadiennes, en 2016, à hausser le niveau de sécurité et du coup, ceux qui n’étaient pas en règle vis-à-vis des documents devaient s’en procurer afin de vaquer librement à leurs occupations. Sinon, beaucoup de nos compatriotes vivaient ici comme s’ils étaient au Burkina, c’est-à-dire avec une simple carte nationale d’identité burkinabè.

Quelle est la situation des Burkinabè vis-à-vis des lois du Tchad ? En d’autres termes, enregistrez-vous des Burkinabè en conflit avec la loi ?

Nos compatriotes vivent harmonieusement avec les Tchadiens et les lois du Tchad. Mais, comme toutes les autres communautés, nous enregistrons certains couacs qui font que certains se retrouvent parfois dans des maisons d’arrêt pour des fautes commises.

En dehors de la justice (classique), il y a d’autres mécanismes de règlement des conflits, basés par exemple sur ce qu’on appelle les « chefs de race » (des personnes-ressources, ndlr). Ce qui nous conduit à désigner un sage comme chef de race pour qu’en cas de besoin, il puisse intervenir. Si vous n’avez pas de chef de race, vous pouvez être amendé à des coûts de millions, et ça, c’est à la communauté de cotiser pour payer.

Mais, les chefs de race ont une convention entre eux ; ils statuent sur l’amende à payer entre les deux races, en cas d’accident par exemple. Nous sommes en train de gérer en ce moment même, une situation où un Burkinabè, en sortant de son travail, a eu un accident avec un Tchadien qui a, malheureusement, perdu la vie. On nous a demandé trois millions d’amende, que nous avons payée.

Quel est le degré d’intégration des Burkinabè au Tchad ?

Nous vivons en bonne intelligence avec nos frères tchadiens et les autres communautés vivant au Tchad.
L’une des illustrations est qu’on enregistre des mariages entre Burkinabè et Tchadiens (dans les deux sens) et ça fonctionne bien entre les couples. Le seul souci est que nos sœurs et frères mariés aux Tchadiens sont toujours considérés comme des étrangers, parce que la nationalité tchadienne n’est pas acquise.

La diaspora va pouvoir voter dès 2020 ; est-ce une question à laquelle les Burkinabè du Tchad accordent de l’importance ?

Les Burkinabè du Tchad accordent beaucoup d’importance aux élections de 2020 et au-delà. Nous sommes en train de nous mobiliser pour que les (futurs) représentants des partis politiques et de la société civile puissent jouer leur rôle afin que cela se passe dans la paix et la transparence.

La Carte nationale d’identité burkinabè et le passeport sont les deux documents retenus. Quel est votre avis sur cette décision de ne retenir que ces deux pièces ?

Je suis vraiment d’avis positif sur la décision que la Carte nationale d’identité burkinabè (CNIB) et le passeport soient les pièces pour les élections des Burkinabè de l’extérieur.

On peut se faire une fausse carte d’identité consulaire à l’extérieur. C’est pour dire qu’un vrai Burkinabè doit posséder au moins un passeport ou une CNIB pour élire honnêtement son président.

Je vois que le gouvernement burkinabè est en train de se battre pour que la diaspora burkinabè obtienne ces documents, en envoyant des missions uniquement pour ça. Je félicite les autorités burkinabè pour ces efforts.

Que vous reste-t-il comme message pour conclure cette interview ?

Je salue et remercie toute la diaspora burkinabè et les missions diplomatiques, surtout mes collègues délégués CSBE qui se battent matin et soir pour garder l’honneur de notre pays : le Burkina Faso.

J’exhorte tous les Burkinabè de l’intérieur (c’est-à-dire ceux vivant au Burkina) au pardon et au renforcement du vivre-ensemble dans la justice et la cohésion sociale et ne surtout pas se laisser hanter par des comportements inhumains. Qu’ils sachent aussi que tout ce qui se passe au pays se ressent directement au niveau de leur diaspora.

Nous sommes un peuple respecté par les citoyens des autres pays d’accueil et cela, grâce à notre intégrité. Je souhaite pleine santé, paix et réussite à tous les Burkinabè à travers le monde. Je remercie Lefaso.net pour l’opportunité qu’il offre en venant à nous et pour son rôle important auprès des Burkinabè de l’extérieur.

Interview réalisée par Oumar L. Ouédraogo

Lefaso.net

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