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Changement climatique : « Les enfants nous demanderont des comptes… » (Isabelle Chevalley, députée suisse)

Accueil > Actualités > Environnement • LEFASO.NET | Edouard K. Samboé • vendredi 4 janvier 2019 à 20h19min
Changement climatique : « Les enfants nous demanderont des comptes… » (Isabelle Chevalley, députée suisse)

Députée de la Suisse, Isabelle Chevalley sillonne depuis neuf ans le Burkina Faso au secours des personnes nécessiteuses. Présente comme bienfaitrice au côté du président de l’Assemblée nationale Alassane Bala Sakandé au profit des travailleurs du site de granite de Pissy, elle a fait des dons en vivres, en matériel de travail et en fournitures scolaires. En marge de cette visite, elle était au micro du journal Lefaso.net.

Lefaso.net : Veuillez vous présenter…

Isabelle Chevalley (I.C.) : Isabelle Chevalley, députée à l’Assemblée nationale suisse depuis bientôt huit ans. Mais également docteur ès sciences.

Lefaso.net : Qu’est-ce qui justifie votre long passage à la députation ?

I.C. : C’est la passion de s’engager pour la chose publique. C’est un engagement pour le bien des citoyens. C’est juste de savoir qu’après huit ans, on a acquis de l’expérience profitable au peuple pour avancer. En tant qu’écologiste, j’avance, j’ai des idées et je crois qu’on doit faire attention à notre planète. On est en train de la brûler. La planète, c’est notre maison et nous la brûlons, ce qui est regrettable.

Ce qui m’a le plus marquée ici, c’est lorsque je rencontre des femmes dans des maraichages. Elles ne savent ni lire, ni écrire, mais elles vous disent : « On a un problème avec notre environnement à cause du changement climatique ». Et moi, je crois qu’on doit allier l’écologie à l’économie pour que le monde puisse avancer. Je suis engagée en Suisse et j’essaie de le faire également au Burkina Faso.

Lefaso.net : A quand remonte votre présence au Burkina Faso ?

I.C. :
Depuis pratiquement 2011, avec l’ONG suisse « Nouvelle Planète », pour la construction des panneaux solaires au profit d’un dispensaire. A l’époque, ce qui m’a le plus impressionnée chez les burkinabè, c’était la gentillesse. Les Burkinabè sont uniques en Afrique, ils sont riches de quelque chose que personne ne peut acheter. Beaucoup de Suisses qui viennent en Afrique trouvent le Burkina très particulier et on tombe rapidement amoureux du pays. Alors, un moustique burkinabè m’a contaminé le virus du Burkina Faso en 2011.

Lefaso.net : Et vous avez décidé de faire quelque chose…

I.C. : Naturellement, je suis revenue parce que je suis engagée pour le recyclage des déchets plastiques. Je crois que « zéro déchet » est possible, et j’ai d’ailleurs écrit un livre là-dessus. Et comme, j’avais découvert à l’époque qu’à Bobo-Dioulasso, il y avait des femmes qui transformaient les sachets plastiques en sacs à main, j’ai décidé de faire quelque chose. Depuis 2012, j’ai décidé d’acheter leurs sacs pour les revendre en Suisse comme partenaire commerciale. Aujourd’hui l’activé a prospéré.

Lefaso.net : Quel est le rapport avec votre statut de député ?

I.C. :
Tout ce que je fais ici, c’est avec mon argent propre, ce n’est pas l’argent de la politique, c’est mon engagement personnel. Par contre, mon statut de député me permet de faire des relations avec les politiques et les entreprises suisses au profit du Burkina Faso. Par exemple, cela a permis de nouer une relation entre le ministre de la Santé de ma région et l’ancien président Salifou Diallo, ce qui justifie des dons de matériel de soins depuis toujours. Quand je demande, ils me prennent au sérieux et ils donnent plus de crédibilité à mes actions.

Lefaso.net : Qu’attendez-vous d’un député, en tant qu’écologiste ?

I.C. : Je crois qu’en tant que parlementaire et politique, il faut donner les conditions cadres pour que le pays se développe. Et si les conditions cadres ne sont pas bonnes, on va glisser sur le mauvais chemin. Il revient au politique de décider. Le meilleur exemple, c’est Haïti et la République dominicaine. C’est la même île. Le côté Haïti est complètement déforesté, alors que la République dominicaine a une forêt vierge. La différence entre ces deux morceaux d’îles, c’est la politique. C’est le politique qui facilite le choix entre le côté riche et le côté pauvre.

Aujourd’hui, couper un arbre, c’est couper un avenir, car si le désert avance, ce sera compliqué pour le Burkina Faso de se développer. Aussi, la pollution c’est quelques chose de sournois, vous n’êtes pas malade tout de suite, mais demain d’un seul coup la maladie survient tout comme la mort. Le politicien doit le savoir parce qu’il a l’éducation pour savoir.

Il doit avoir la vision pour accompagner son peuple vers le bon chemin. Parce que demain, suivant les erreurs commises aujourd’hui, les enfants nous demanderont des comptes. Et on ne peut pas dire qu’on ne se savait pas. Alors, il faut accompagner et cela implique des décisions qui peuvent être mal perçues par le peuple aujourd’hui. Il faut aller, il faut expliquer et il faut le faire. Par exemple, comme le disait Salifou Diallo à propos de la limitation des enfants à trois, il faut le faire, ce sont des décisions que le politique doit prendre.

Lefaso.net : Que dites-vous aux femmes, en tant que femme ?

I.C. : Quand je demande aux femmes ce qu’elles pensent de l’interdiction des sachets plastiques, elles sont tout à fait d’accord. Elles disent généralement qu’elles feront « autre chose » en l’absence des travaux à base des sachets plastiques. Elles ont compris qu’il faut interdire les sachets plastiques. C’est une leçon qu’elles donnent aux Européens qui s’accrochent à leurs trucs.

Par exemple, les Français accrochés à l’utilisation du charbon, qui s’opposent à la fermeture des centrales à charbon, alors que la planète se chauffe. Les femmes ici sont plus raisonnables que les Européens. Voilà pourquoi on développe beaucoup de projets afin qu’elles ne soient pas dépendantes aux sachets plastiques : on fait du sable de verre, du plastique broyé, du pétrole avec les sachets, etc. Les gens sont lucides et ils sont compris que les sachets plastiques sont un problème. Et c’est aux politiques de les accompagner.

Lefaso.net : Parlez-nous de votre présence à la carrière granitique de Pissy.

I.C. : C’est une histoire incroyable. Quand j’ai découvert ce trou, je suis restée sans voix. C’était comme si j’étais sur une autre planète. Même les prisonniers, on ne leur fait plus faire ça ! J’ai décidé de faire quelque chose. Mais si on mécanise, on fera mille chômeurs. Pour soulager leurs souffrances, j’ai décidé de commander le « transport par câble », après avoir discuté avec les employés. Puis des livres pour l’école, etc.

Lefaso.net : Pourtant vous avez eu un message…

I.C. : Bien sûr. Je voudrais que les burkinabè sachent que, les seuls qui peuvent les aider, c’est eux-mêmes. J’ai l’impression qu’on attend trop des autres, du gouvernement, du Blanc, de Dieu, etc. On n’apprend pas « à manger l’argent », mais à travailler pour avoir l’outil de l’autonomie.

Lefaso.net : Y-a-t-il des échanges entre délégations parlementaires en vue ?

I.C. :
Beaucoup de mes collègues souhaitent venir ici. Bien entendu, Salifou Diallo a effectué une visite officielle au parlement suisse en 2017. Il avait invité à son tour des parlementaires suisses, mais malheureusement son décès s’en est suivi. Tout compte fait, grâce à cette collaboration, on a organisé la visite du président Roch Marc Christian Kaboré en Suisse. Mais, également celle des députés burkinabè en Suisse, visite à laquelle j’ai servi de guide. Le fait que je sois députée, cela me facilite l’ouverture des portes au profit du Burkina Faso. Aujourd’hui, plusieurs parlementaires suisses souhaitent venir au Burkina Faso.

Lefaso.net : Comment appréciez-vous la coopération entre la Suisse et le Burkina Faso ?

I.C. : Cela fait 40 ans que le Burkina Faso est prioritaire pour la Suisse. On met plus de quinze milliards par année pour le Burkina. La Suisse n’est pas un pays colonial, notre coopération est perçue comme une aide au développement et non comme une aide soumise à un contrôle. Après la visite du président Roch Marc Christian Kaboré, l’argent a été promis pour renforcer la coopération.

Notre pays, 150 ans en arrière, était très pauvre. Certains paysans envoyaient leurs enfants se nourrir de l’herbe à cause de la faim. Il n’y avait pas de perspective en Suisse. Quand je vois la richesse du Burkina Faso et la force des hommes, dans 50 ans, c’est le Burkina Faso qui enverra les tables-bancs en Suisse. Il faut que les politiques encouragent et encadrent les opportunités au lieu de les étouffer.

Lefaso.net : L’engagement politique des femmes au Burkina Faso. Commentaire ?


I.C. :
Il faut que les femmes politiques attirent les autres femmes en politique. Elles sont courageuses, elles ont des idées qu’elles peuvent mettre au profit du pays. Elles doivent s’exprimer et se soutenir. Elles doivent se prendre en charge et augmenter leur nombre, puisqu’elles représentent une grande partie de la population.

Lefaso.net : Votre message de fin.

I.C. : Je mange burkinabè, je m’habille burkinabè, etc. Mais je regrette que les Burkinabè négligent leurs produits. Ils préfèrent manger étranger, alors qu’il y a des choses de qualité ici. Soyez fiers de vos produits. Le chocolat burkinabè est meilleur que celui de la Suisse. Commencez burkinabè…

Interview réalisée par Edouard K. Samboé
samboeedouard@gmail.com
Lefaso.net

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