Assemblée nationale : Ces députés en rupture de ban avec leurs partis d’origine

LEFASO.NET | Moussa Diallo • mardi 11 septembre 2018 à 23h35min

À l’issue des élections législatives de novembre 2015, quatorze partis politiques avaient obtenu de sièges de députés. Après la validation des mandats et l’élection du président du Parlement, cinq groupes parlementaires avaient été constitués dont trois homogènes (MPP, UPC et CDP) et deux autres hétérogènes (Burkindlim et PJRN). Entre temps, un 6e groupe parlementaire a vu le jour, l’UPC-RD de Daouda Simboro, et ses douze camarades frondeurs. Si l’affaire UPC-RD a défrayé la chronique (d’ailleurs le feuilleton continue devant les tribunaux), plusieurs autres élus ont maille à partir avec leurs partis d’origine. Zoom sur ces députés en rupture de ban !

Assemblée nationale : Ces députés en rupture de ban avec leurs partis d’origine
L’UPC, le CDP, le PAREN, l’UNIR-PS ont tous été touchés des crises internes depuis les élections législatives de novembre 2015. L’Union pour le progrès et le changement (UPC) est sans doute le parti qui a été le plus secoué. Après avoir exclu son élu du Bazèga, Elisée Kiemdé, le parti du lion a été frappé par l’affaire Daouda Simboro et ses douze camarades.

Sans démissionner du parti, ces frondeurs démissionnent du groupe parlementaire UPC (dont Daouda Simboro était le président) et créent un groupe parlementaire dénommé UPC-Renouveau démocratique (http://lefaso.net/spip.php?article79708).

Après une longue bataille sans succès dans les rues pour contraindre les frondeurs à rendre leurs mandats au parti, l’UPC se tourne vers la justice. Près d’un an après, le tribunal administratif ordonne la cessation de l’usage du nom et du logo de l’UPC (http://lefaso.net/spip.php?article84834). Les membres de l’UPC-RD ont d’ailleurs tous été éjectés de toute responsabilité au sein de leur parti d’origine, mais ils n’ont pas été exclus. Eux aussi refusent de démissionner, espérant être exclus. Chaque camp voulant tirer profit de la loi sur le nomadisme politique.

Le « un pied dedans, un pied dehors » des députés de l’UNIR-PS

Ainsi, ils sont quatorze députés à avoir maille à partir avec l’UPC sur les listes duquel ils ont été élus. Mais le parti de Zéphirin Diabré n’est pas le seul à connaître des défections floues.

le divorce entre Alexandre Sankara et Benewendé Sankara est consommé

L’UNIR-PS de Bénéwendé Sankara vit une situation similaire. Deux de ses cinq députés sont en rupture de ban. Il s’agit d’Alexandre Sankara (élu du Kadiogo) et de Désiré Traoré (élu des Banwa). Le bureau politique de l’UNIR-PS dit avoir pris acte de la démission de ces deux députés, selon une lettre à eux adressés par le président du parti (lefaso.net/IMG/.../lettre_de_l_unir_ps_a_alexandre_sankara.docx), estimant qu’ils sont désormais membres du parti politique dénommé Progressistes unis pour le renouveau (PUR). Certes, Alexandre Sankara a été aperçu lors de la présentation officielle du PUR, mais en tant qu’invité, dit-on, (http://lefaso.net/spip.php?article83187).

Les deux députés estiment avoir été démis de l’UNIR-PS et non avoir démissionné. D’ailleurs, dans une interview accordée à lefaso.net, Désiré Traoré dit ne pas comprendre la lettre du président de l’UNIR-PS, Bénéwendé Sankara (https://lefaso.net/spip.php?article83329). Comme dans le cas des frondeurs de l’UPC, là encore, chaque camp veut tirer les bénéfices de la loi sur le nomadisme politique qui précise que le député démissionnaire perd son mandat, mais il le conserve si toutefois il a été exclu par son parti.

Blaise Dala, un pied au CDP, un autre au NTD ?

Blaise Dala

Un autre cas fait moins de bruit. Mais il est similaire aux cas sus-cités. Il s’agit du cas Blaise Dala, le plus jeune député de la 7e législature. Élu de la province du Nayala sous la bannière du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), il aurait fait défection. Sans démissionner officiellement de son parti, il était aligné sur les positions de la majorité lors des votes à l’Assemblée nationale, tout au long de la session des lois de l’année 2018.
Interrogé sur la question, le président du groupe parlementaire CDP avait précisé que c’est un cas connu. Blaise Sawadogo avait même confié qu’il était désormais au NTD (Nouveau temps pour la démocratie) où milite désormais son mentor, Jean-Baptiste Dala. Il avait confié que son cas allait être réglé incessamment.

Tahirou Barry, lors de son retour à l’hémicycle après sa démission du gouvernement

Au niveau du PAREN, il y a le cas Tahirou Barry, ancien ministre de la Culture, qui a maille à partir avec le fondateur du parti, Laurent Bado. Déchu de son titre de président et exclu du parti lors du dernier congrès, Tahirou Barry, dès son retour à l’Assemblée nationale, a rejoint le groupe parlementaire UPC.
Il avait été annoncé à la tête d’un nouveau parti, le Front patriotique pour le renouveau (FPR) créé le 12 mars 2018. « À ce jour, l’honorable Tahirou Barry n’a pas fait acte d’adhésion officielle pour intégrer le FPR », avait confié Aristide Ouédraogo, le président dudit parti, lors de sa présentation officielle en avril 2018. Qu’attend-il ? Ou craint-il de perdre son mandat de député en rejoignant le nouveau parti créé par ses anciens fidèles, démissionnaires du PAREN ?

Ainsi, à mi-mandat, ils sont au moins 18 députés en rupture de ban avec leurs partis d’origine. Parmi ces derniers, seuls Elisée Kiemdé a créé son parti politique, l’Union pour la république et la démocratie (URD), présenté ce 11 septembre 2018. Les autres exclus ou démissionnaires vont-ils lui emboiter le pas ? Chacun ayant trouvé la parade pour échapper à l’épée de Damoclès de la loi sur le nomadisme, combien de temps ce flou « un pied dedans, un pied dehors » va-t-il durer ?

Moussa Diallo
Lefaso.net

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