Institutions sociales et égalité femme-homme au Burkina : Une nécessité pour la contribution des femmes au développement du pays

LEFASO.NET | Aïssata Laure G. SIDIBE • jeudi 11 janvier 2018 à 18h37min

Dans la matinée du jeudi 11 janvier 2018, le chef du gouvernement, Paul Kaba Thiéba, a présidé la cérémonie de lancement officiel du rapport final de l’étude intitulée Social Institutions and Gender Index(SIGI), en français « Institutions sociales et égalité femme-homme » au Burkina Faso.

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Institutions sociales et égalité femme-homme au Burkina : Une nécessité pour la contribution des femmes au développement du pays

« La question de l’égalité de genre n’est pas qu’une question philosophique ou de droit de l’Homme, mais une question de nécessité économique qui permet aux femmes d’apporter pleinement leur contribution au développement de notre pays », a déclaré le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba. Pourtant, le problème du genre se pose toujours avec acuité au Burkina Faso, malgré les efforts déployés au quotidien par l’Etat. Au nombre des discriminations de genre, les mariages précoces, les restrictions au niveau des droits économiques, notamment les droits de posséder des terres (…) occupent une place de choix.

Selon les données de l’annuaire statistique 2015-2016 du ministère en charge de la femme, pendant qu’elles constituent 80% de la main d’œuvre agricole, les femmes propriétaires des terres exploitées n’excèdent pas 8%.

En matière de participation à la gouvernance politique et administrative, la situation est aussi moins reluisante. De 2000 à janvier 2016, la proportion moyenne des femmes dans le gouvernement est d’environ 15% selon le tableau de bord de la femme et du genre 2016 du ministère. Au niveau des instances locales, également, on note 9 femmes maires sur les 370 des communes et arrondissements, soit un taux de 2,43% ; en 2017, l’on a 4 femmes gouverneurs sur 13 et 41 femmes préfets sur 350 départements, toujours selon le même document.

C’est pour inverser ces tendances, que le pays a sollicité et obtenu du centre de développement de l’Organisation de Coopération et Développement Economiques(OCDE), une étude intitulée « Institutions sociales et égalité femme-homme » au Burkina Faso en 2015. Deuxième du genre après celle de l’Ouganda, le but était « de renforcer les capacités statistiques nationales et à promouvoir l’utilisation des données empiriques pour l’élaboration de politiques de lutte contre les inégalités de genre, dans le contexte des objectifs de développement durable ». Aujourd’hui, 11 janvier 2017, l’heure est à la diffusion du rapport final de l’étude réalisée dans les 13 régions du pays.

44% des femmes ont été mariées avant 18 ans

Au niveau des discriminations au sein de la famille, les résultats révèlent que la pratique du mariage précoce ne va pas en diminuant. En effet, pas moins de 44% des femmes mariées l’ont été avant 18 ans, contre 4% des hommes. Au niveau de l’atteinte à l’intégrité physique et morale, il ressort que plus d’une femme sur trois (37%) a été victime de violence domestique au cours de sa vie, contre 1 homme sur 5 (16%). L’accès sécurisé à la terre reste toujours un défi pour les femmes. Le projet SIGI-Burkina Faso rapporte qu’elles constituent 55% de la force de travail agricole, mais pas plus de 40% des propriétaires de terres. Quand elles le sont, leur pouvoir de décision reste limité. Enfin, l’accès à la justice semble plus compliqué pour les femmes que pour les hommes. La majorité d’entre elles (60%) n’aurait pas recours à la justice afin de régler une situation conflictuelle car convaincue que la justice favorise systématiquement les hommes.

Des recommandations…

Dans l’optique de diminuer l’impact négatif des normes sociales discriminatoires au niveau infranational, le projet fait des recommandations politiques. Il s’agit notamment de l’accès à l’éducation, de l’adoption des mesures juridiques accompagnées de campagne de sensibilisation et de dialogue avec les communautés. Ceci en vue de permettre une convergence acceptée de tous entre le cadre législatif et réglementaire et le droit coutumier. En outre, il préconise fortement la lutte contre les institutions sociales discriminatoires dans les stratégies de développement, etc.

« Ce n’est pas seulement une photo aujourd’hui que nous vous laissons. Nous vous laissons la caméra pour continuer à prendre des photos. Et nous espérons avoir d’ici quelques années, une autre photo et bien sûr voir l’évolution », a formulé l’économiste Gaëlle Ferrant du centre de développement de l’OCDE dont le séjour « au pays des Hommes intègres » prend fin ce jeudi même. Puis de renchérir : « C’est important, pas seulement pour nous en tant que personnes qui faisons des recommandations politiques, mais c’est aussi important pour le gouvernement qui s’est engagé à suivre les objectifs du développement durable et l’agenda 2063 de l’Union Africaine ».

Des défis à relever d’ici 2020

S’inscrivant dans cette dynamique, le Premier ministre a indiqué que les résultats de cette étude viennent à point nommé : « (…) Le PNDES a l’ambition de mettre la question du genre au centre de ses préoccupations. Ainsi, cette étude va nous permettre de mieux cibler nos politiques en prenant en compte les données récentes sur la problématique du genre et sur les spécificités régionales dans notre pays ».
Toutefois, des défis et non des moindres restent à relever. Paul Kaba Thiéba en est conscient : « Dans le domaine de l’autonomisation économique de la femme, la proportion de femmes parmi les entrepreneurs doit passer de 21% en 2015 à 50% en 2020 pour réaliser l’objectif de parité en matière entrepreneuriale. S’agissant de l’autonomisation politique et sociale, la cible de 30% de femmes dans les instances de décision de même que la tolérance zéro aux violences faites aux femmes sont des objectifs poursuivis ».

Malgré tout, il se dit confiant. « L’accès à l’éducation permettra de réduire toutes ses normes, ses pratiques sociales et également ses lois formelles et informelles qui restreignent les libertés des femmes ».

Le rapport SIGI-Burkina Faso a été conçu avec l’appui financier de la coopération autrichienne pour le développement en partenariat avec le ministère en charge de la femme et l’Institut national de la statistique et de la démographie(INSD).

Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

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