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Haut conseil pour la réconciliation nationale : Les travailleurs déflatés revendiquent leurs droits

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Putsch du Conseil National pour la Démocratie • LEFASO.NET | Par Nicole OUEDRAOGO • mercredi 25 janvier 2017 à 23h20min
Haut conseil pour la réconciliation nationale : Les travailleurs déflatés revendiquent leurs droits

Les concertations se poursuivent au Haut Conseil pour la Réconciliation et l’Unité Nationale (HCRUN).Ce mercredi 25 janvier 2017, c’est l’Association nationale des travailleurs déflatés (ANTD) qui a été reçue. Licenciés dans le cadre de l’application du Programme d’ajustement structurel (PAS) de la Banque mondiale, ces ex-travailleurs des sociétés d’Etat fondent l’espoir d’entrer en possession de leurs droits, après le traitement du dossier par le HCRUN.

Intervenue le 4 juin 1991, l’application du Programme d’ajustement structurel (PAS) du Burkina a entrainé plusieurs réformes et liquidation de nombreuses sociétés d’Etat. Environ 6000 ex-travailleurs, issus d’une trentaine de société d’Etat, ont été licenciés suite à l’application dudit programme.

François Ouédraogo, marié et père de cinq enfants, fait partie des 43 agents de l’ex- Société de Financement et de Vulgarisation de l’Arachide (SOFIVAR), qui ont été mis à la porte en 1999. Après son licenciement, cet agent d’agriculture qui s’est converti aujourd’hui en maçon, nous confie qu’il a connu une vraie traversée du désert. « Je suis d’abord devenu taximan après avoir perçu une année de salaire, mais ça n’a pas fait long feu. Après, j’ai chômé pendant 4 ans et actuellement, je me suis converti en maçon » a-t-il dit, précisant : « Ce qui était préconisé au niveau de la banque mondiale, c’était de nous payer 5 ans de salaire mais nous n’avions reçu que pour 12 mois » a-t-il déploré. Espérant trouver une solution à son problème, « Ce n’est facile… C’est insupportable », M. Ouédraogo réclame le restant de ses 4 années de salaire. « Nous espérons qu’ils vont trouver une solution à notre problème sinon, ce n’est pas facile » a-t-il souhaité.

Georgette Nassa, représentant le président de la corporation de l’ex- SAVANA, une société d’économie mixte qui existait à Bobo, fait aussi partie des 60 employés qui ont été licenciés en 1998. « Au début, j’ai été beaucoup peinée. J’ai eu la maladie de la tension artérielle à cause de la situation. J’en parle aujourd’hui mais je veux pleurer. C’est une situation qu’il ne faut pas vivre. J’aime dire à mes amis, même le pire de mes ennemis, je ne lui souhaite pas le chômage » a-t-elle témoigné. Selon Georgette Nassa, ce fut une « période noire » de sa vie mais dit –elle « Je me suis battue ».

En effet, vingt après, Dame Nassa a pu mettre en place un cabinet d’expertise juridique. « Je vis dignement parce ce que j’ai pu créer un cabinet de droit, j’ai fait une spécialisation dans le notariat après et aujourd’hui, j’ai pu créer un cabinet d’expertise juridique » a-t-elle déclaré. Si Georgette Nassa a pu s’en sortir, c’est toujours la croix et la bannière pour d’autres. « Pour moi ça va, mais d’autres personnes qui n’avaient pas de qualifications comme les ouvriers, les manœuvres, n’ont pas pu intégrer un autre service et ça, c’est dommage que l’Etat ne s’en est pas occupé » a-t-elle regretté. Et madame Nassa qui a perçu qu’une année de salaire en 2000, soit deux ans après son licenciement d’interpeller le HCRUN. « En venant au HCRUN, on s’attend à quelque chose de concret parce que il n’y a pas mal de travailleurs qui ne travaillent pas, 20 après. Quand vous les voyez, ce n’est facile » a-t-elle noté.

On fera ce qui est de notre compétence

Benoit Kambou, le président du HCRUN a indiqué que le comité va échanger avec les représentants de 42 sociétés qui ont été liquidées suite aux mesures prises par le programme d’ajustement structurel. « Les représentants de ces sociétés font état des conditions dans lesquelles les sociétés ont été liquidées et les conséquences sociales qu’ils vivent, à savoir les décès, la déscolarisation des enfants, pour les vivants en sursis, les suicides et bien d’autres conséquences qu’ils déplorent » a-t-il expliqué. Pour ces derniers qui revendiquent leurs droits, le président du HCRUN rassure : « on fera ce qui est de notre compétence pour dire le droit. Nous ferons des propositions ».

Le président de l’association nationale des travailleurs déflatés, Karim Niankara, fonde ses espoirs sur le HCRUN pour obtenir réparation. « Nous avons espoir, vu tout ce que nous avons enduré comme problèmes avec les soucis de scolarisation des enfants, les divorces, on espère que le Haut conseil doit être sensible à nos préoccupations » a-t-il confié.

Karim Niankara et ses camarades comptent sur le HCRUN pour voir enfin le bout du tunnel. « La Banque mondiale a fait des promesses pour qu’on paye 60 mois de salaire à chaque travailleur déflaté mais c’est dommage, cette situation a été réglée de façon disparate, pratiquement insignifiante »a conclu le président de l’association nationale des travailleurs déflatés.

En rappel, le HCRUN doit mettre en œuvre les recommandations formulées par la sous -commission « Vérité-Justice-Réconciliation » doit assurer le traitement de 5065 dossiers déjà enregistrés et en cours d’enregistrement, en vue d’apporter des solutions appropriées.

Nicole Ouédraogo
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 26 janvier 2017 à 10:12, par Souleymane Diallo En réponse à : Haut conseil pour la réconciliation nationale : Les travailleurs déflatés revendiquent leurs droits

    Et dire que c’est à cette même Banque mondiale qui a mis notre pays à genoux qu’on s’en remet aujourd’hui encore pour espérer relancer notre économie à travers le PNDES ! Ce n’est pas rassurant.

    Répondre à ce message

  • Le 26 janvier 2017 à 15:49, par Cheikh En réponse à : Haut conseil pour la réconciliation nationale : Les travailleurs déflatés revendiquent leurs droits

    En tout si dans le contexte actuel, il y a vraiment quelque chose de prioritairement normal à faire pour être conforme au droit, c’est bel et bien la réparation de ces genres de torts, datant de plusieurs années, dont certains de nos concitoyens ont atrocement péri. Car si c’est bien une chance pour les survivants de ces périodes noires d’être encore là, encore faut-il accélérer, pour que certains ne tombent d’imprévisibles crises cardiaques, à force d’attentes. Je le dis, parce que j’en connais qui sont subitement passés de la voiture à la marche à pieds, de la veste au faso-dafani traditionnel, des chaussures fermées aux tapettes etc..et sans aucune transition.
    Humm bon dieu, que le seigneur nous préserve de ces genres de situations dans la vie !
    Donc que l’on commence vivement par ces réhabilitations, avant de se pencher sur des revendications de prestige, pourtant postérieures de loin à celles-ci !

    Répondre à ce message

  • Le 26 janvier 2017 à 17:31, par  !?! En réponse à : Haut conseil pour la réconciliation nationale : Les travailleurs déflatés revendiquent leurs droits

    Entièrement de ton avis Cheikh ! Surtout quant on sait que ces 60 mois de salaire devant être alloués aux déflatés ont été réellement débloqués par la Banque Mondiale en son temps... On est en droit de se demander où est passé l’essentiel de ces fonds ? Qu’en a-t-on fait ? Qui, à tort ou à raison, en a bénéficié ?
    Ces milliards auraient-ils contribuer à faire ou agrémenter le "pseudo" patrimoine de certains bonzes d’antan et/ou d’aujourd’hui ?

    Ne pensez-vous pas qu’une enquête parlementaire serait la bienvenue ? Ne serait-ce que pour "l’histoire" de cette partie du peuple constituée d’honnêtes et de vaillants travailleurs dont les déflatés encore vivants ; pour le repos paisible des déflatés aujourd’hui disparus ; pour une satisfaction morale des ayants droit (ayant vécu les pires conditions d’existence) afin que ces derniers aient au moins la chance de voir les efforts de leurs parents disparus couronnés d’une reconnaissance !

    Paix aux âmes des disparus !

    Répondre à ce message

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