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Joachim Tankoano : <I>Notre pays est en train de rattraper progressivement son retard </I>

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Les NTIC au Burkina Faso : une situation mitigée • • mercredi 11 mai 2005 à 08h10min

Au Burkina Faso, la politique nationale en matière de NTIC est coordonnée par la Délégation générale à l’Informatique (DELGI), placée sous la tutelle directe du Premier ministre. Le Délégué général à l’Informatique, M. Joachim Tankoano, apporte ici quelques éclairages sur la définition, les enjeux et l’état des NTIC dans notre pays.

Joachim Tankoano :

Sur le plan technique, les Nouvelles Technologies l’Information et de la Communication » permettent d’utiliser le même support physique pour transporter simultanément et indifféremment les données, la voix et l’image. Elles permettent aussi de démultiplier les capacités de ces supports, qu’ils soient filaires ou non filaires, avec comme principale incidence la baisse du coût de la communication, puis de banaliser les équipements terminaux comme le téléphone, le téléviseur et l’ordinateur afin qu’ils permettent d’accéder aux mêmes types de services. Dans les années à venir, elles seront utilisées également pour interconnecter à des systèmes intelligents une grande variété d’équipements utilitaires ou mobiles.

Sur le plan des usages ces « Nouvelles Technologies » ont permis un bond prodigieux de l’offre en matière de services de télécommunications et d’audiovisuel, avec comme principale conséquence, l’accélération du processus de mondialisation. Elles sont aussi et surtout à l’origine d’une révolution dans le monde de l’éducation et dans celui du travail. Cette révolution qui est devenue le trait distinctif des sociétés modernes permet notamment de démultiplier les canaux d’accès à l’éducation et à l’apprentissage, d’introduire plus d’efficacité et de transparence dans la gestion, de faciliter l’existence des citoyens et des entreprises en leur permettant d’accéder à tout moment et en tous lieux à des services de meilleure qualité, adaptés à leurs besoins. Si cette nouvelle révolution est bien maîtrisée par les pays en développement, elle peut devenir un véritable accélérateur de la réduction de la pauvreté.

Quelles sont les forces et les faiblesses de la politique nationale du Burkina Faso dans le domaine des NTIC ?

Joachim Tankoano
 : Comme dans la plupart des pays en développement, le Burkina Faso avait jusqu’ici des politiques de promotion distinctes pour l’informatique, les télécommunications et l’audiovisuel. De ce fait, le cadre politique et institutionnel, le cadre réglementaire et les programmes de développement mis en place en application de ces politiques manquaient de cohérence et surtout n’avaient pas été conçus dans la perspective d’aider notre pays à faire face aux nouveaux défis que soulèvent la societé de l’information.
L’informatique, les télécommunications et l’audiovisuel étaient certes perçus comme des secteurs importants mais l’impact possible et attendu sur I’amélioration du bien-être des burkinabé, lie aux nouvelles possibilités qu’offrent leur convergence, n’avait pas encore été clarifié et pris en compte comme II se doit dans la hiérarchie des priorités de développement de notre pays.

Un forum national de réflexion et de validation de la stratégie d’opérationnalisation du plan de développement de l’infrastructure nationale d’information et de communication s’est tenu en avril 2004. Comment est-on arrivé à cette stratégie et quels sont les objectifs poursuivis ?

L’élaboration d’une stratégie pour entrer de plain-pied dans la société de l’information s’est révélée dans tous les pays qui ont entrepris cet exercice comme un processus long et complexe. Il s’agit en effet de pouvoir régler simultanément plusieurs problèmes de taille en plaçant le mieux-être des citoyens et le meilleur fonctionnement des entreprises et de l’appareil d’Etat au centre, afin de créer un environnement favorable à la bonne gouvernance et au développement durable.

Ces problèmes, concernent notamment le développement de l’expertise locale dans le domaine des NTIC, la création d’un environnement favorable aux investissements pour le développement d’une infrastructure de base adaptée et économiquement accessible, la mise en confiance des individus, d’entreprises et de l’administration dans l’utilisation des NTIC, la nécessité de faire travailler ensemble tous les acteurs de la société (public, privé et société civile) sur des normes et des processus communs pouvant permettre d’offrir des services intégrés, p1us faciles d’accès, adaptés aux besoins des populations et en adéquation avec les priorités de développement.

Pour ce qui concerne notre pays, avant d’aborder ces questions de mise en œuvre concrète, il est apparu opportun de commencer par une sensibilisation et une mobilisation politique à très large échelle en faveur de la promotion des NTIC en se fondant d’une part sur la mise en évidence, pour chaque objectif du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté, des aspects de notre développement économique et social qui peuvent être impulsés grâce au potentiel de ces technologies et d’autre part, sur les grandes lignes de la stratégie à mettre en œuvre pour assurer leur promotion.

Le forum d’avril qui a réuni près de 730 participants a été le couronnement de ce premier exercice. Parmi les étapes qui ont précédées le forum, on peut citer entre autres :
- le Conseil de cabinet qui s’est tenu le 12 février 2002 afin d’examiner les résultats à mi-parcours ;
- le symposium de haut niveau organisé les 28 février et 1er mars 2002 sur instruction de S.E.M le Président du Faso afin de créer une synergie positive entre les différentes parties prenantes à la promotion de la société de l’information ;
- la mise en place par le Ministre de l’Economie et du Développement d’un groupe de réflexion et de plaidoyer de haut niveau composé de plus de 80 membres, afin de prolonger les débats initiés au cours de ce symposium et de parvenir à une vision partagée de la société et de l’économie de l’information et du savoir ;
- l’examen du document de stratégie au cours de trois (3) ateliers qui se sont tenus avec les principaux acteurs impliqués dans la révision du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté, les représentants du secteur privé et les représentants de la société civile, afin d’améliorer son contenu ;
- la réunion tenue afin de recueillir les observations des représentants des partenaires au développement ;
- La réunion de travail qui s’est tenue avec les cadres du Ministère des Postes et Télécommunications qui a également axé le thème de son CASEM tenu en décembre 2003 sur la promotion des NTIC ;
- la 1ère session de 2003 du Conseil Economique et Social qui s’est tenu sur le thème « Evaluation de la politique nationale des NTIC, état des lieux et perspectives » afin d’examiner entre autres ce document de stratégie ;
- le Conseil de Cabinet qui s’est tenu le 10 février 2004 avec comme objectifs de parvenir à une appropriation de cette stratégie par les membres du Gouvernement concernés, avant la validation de cette stratégie par le forum national.

L’objectif global poursuivi est d’édifier les politiques de développement des télécommunications, de l’informatique et des médias de communication traditionnels dans un seul cadre de référence afin de permettre la mise en œuvre d’une stratégie intégrée, globale et cohérente pouvant permettre de parvenir plus rapidement à une généralisation de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication, porteuse de développement.

Quelle est la prochaine étape de ce processus ?

Joachim Tankoano

La prochaine étape sera, conformément à ce qui a été arrêté clans la stratégie définie pour la promotion des NTIC, de mettre en place les six comités sectoriels qui auront pour missions de poursuivre le processus par l’élaboration de plans d’actions pouvant conduire : (1) au développement d’une administration électronique, (2) à l’introduction des technologies de l’information dans le système éducatif national, (3) à la promotion des services électroniques dans le domaine de la santé et de la protection sociale, (4) à la promotion des services électroniques pour le développement du monde rural, (5) au développement du commerce électronique et (6) à la création d’un environnement propice au développement de la société de l’information et des emplois à travers le développement de l’expertise locale, la mise en place du cadre juridique de la société de l’information, le développement des infrastructures de base et la mise en œuvre du plan national de communication pour le développement.

Ces comités qui regrouperont en leur sein des représentants du secteur public, du secteur privé, de la société civile et des partenaires au développement seront des organes spécialisés des Commissions de suivi et de mise en œuvre du CSLP. A titre d’exemple, le comité sectoriel pour le développement de l’administration électronique sera un organe spécialisé de la Commission du CSLP chargée de la gouvernance, des réformes institutionnelles et de la décentralisation. Ceci permettra de faire de la promotion des NTIC un levier pour la réduction de la pauvreté. Il est prévu que ces six comités se mettent au travail dès à présent. Le couronnement de ce 2ème exercice sera la tenue d’une table ronde sectorielle des bailleurs de fonds pour la mobilisation des ressources nécessaires à l’exécution des plans d’actions qui seront élaborés.

Quel est l’état des lieux, la situation en matière de NTIC aujourd’hui au Burkina Faso ?

Joachim Tankoano :

Notre pays est en train de rattraper progressivement son retard au niveau des infrastructures de base traditionnelles. De 0,65 téléphones pour 100 habitants en 1998, nous sommes passé aujourd’hui à plus de 3 téléphones pour 100 habitants. Cette progression a été rendue possible grâce à l’adoption de la téléphonie mobile et à l’ouverture de ce segment à la concurrence.

En outre, le projet d’extension et de renforcement de la couverture télévisuelle en cours d’exécution permettra dans un avenir très proche, d’étendre à 80% le taux de couverture géographique de la télévision nationale et à 90% son taux de couverture démographique.

Pour ce qui concerne l’informatique, l’utilisation de l’outil informatique pour introduire plus d’efficacité, de rigueur et de transparence dans les processus de gestion est aujourd’hui une réalité tant dans les grandes administrations de l’Etat que dans les grandes entreprises publiques et privées.

La connexion internationale à Internet qui était au départ, en 1997, à 64 kilobits par seconde vient de passer à 32 mégabits par seconde. En outre, la présence de notre pays sur la toile commence elle aussi à être perceptible.
Notre raccordement à la fibre sous marine et l’ouverture complète du secteur des télécommunications à la concurrence à partir de fin 2005 contribueront sans aucun doute à accélérer encore plus le développement du secteur.

Enfin, il faut aussi retenir que notre pays est bien avancé en matière de réflexion sur la démarche à suivre pour mettre les NTIC au service d’un développement global et durable.

En quoi les NTIC peuvent-elles renforcer le développement de notre pays ?

Joachim Tankoano :

Comme vous le savez, les mentalités rétrogrades et l’ignorance figurent parmi les premiers obstacles au développement de notre pays. On ne peut certes pas se nourrir de NTIC ou se soigner avec les NTIC, mais on peut utiliser les NTIC pour changer les mentalités de façon positive et pour faire en sorte que les populations les plus défavorisées aient plus facilement accès aux informations et aux connaissances dont elles ont besoin pour lutter efficacement contre l’adversité de la nature, améliorer leur productivité, gérer leurs affaires ou pour se maintenir en bonne santé.

En se rendant dans le télécentre communautaire polyvalent de sa localité, un producteur rural devrait être en mesure d’obtenir dans sa langue des informations utiles sur le meilleur moment d’entreprendre telle ou telle activité agricole. d’obtenir une explication détaillée relative à la mise en œuvre d’une nouvelle technique culturale, de connaître les prix du marché, de rechercher des acheteurs ou d’obtenir toutes les informations dont il a besoin sur une maladie ou sur une plante médicinale.

Pour que cela soit possible, il suffit que l’Etat décide d’édifier une infrastructure nationale d’information et de communication au même titre que les infrastructures traditionnelles, je veux parler des routes, des barrages, etc.) et fonde ses politiques de promotion du développement sur cette infrastructure. Le prototype de système qui pourrait permettre d’offrir dans ce contexte de tels services a déjà été mis au point par la Délégation Générale à l’Informatique et est fonctionnel.

On peut aussi utiliser une telle infrastructure pour donner à la notion de bonne gouvernance un tout autre contenu en amenant les différentes structures de l’administration centrale et décentralisée et les grandes entreprises publiques et privées à travailler ensemble de façon transparente, en s’appuyant sur des normes et processus communs qui permettent de simplifier les services offerts aux citoyens et aux entreprises, de mettre en ligne ces services afin de les rendre accessibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Ceci aurait l’avantage de réduire considérablement les coûts de fonctionnement et d’éliminer les coûts indirects liés à la lenteur des procédures et aux pratiques illicites. Un opérateur économique pourrait ainsi créer son entreprise en quelques minutes, payer ses impôts, ses factures de téléphone ou d’électricité et verser les cotisation,s sociales de ses employés sans a voir à se déplacer, stocker en format électronique, dans un espace sécurisé, les papiers de son entreprise afin de pouvoir répondre électroniquement aux appels d’offres, sortir en quelques minutes ses marchandises de douanes, signer des contrats électroniques ou suivre l’évolution du traitement du règlement des factures qu’il a émises pour ses clients.

L’apport de ces technologies dans le domaine de l’éducation peut aussi être considérable. Déjà, quelques jeunes burkinabé sont en train de suivre des formations universitaires en France à partir de la Délégation Générale à l’Informatique et du Campus Numérique Francophone de l’Université de Ouagadougou. Ces étudiants sont régulièrement inscrits à des formations de maîtrise et de DESS dans des universités de renommée et ont accès à leurs cours et aux tuteurs qui accompagnent leurs processus d’apprentissage via Internet.

Les examens que ces étudiants passent sont rigoureusement les mêmes que ceux proposés aux étudiants des universités où ils sont inscrits, ce qui leur permettra de recevoir les mêmes diplômes que ces étudiants sans aucun signe dIstinctif. Il est plus facile de créer les conditions pouvant permettre à la majorité des burkinabé d’avoir accès aux services d’éducation de cette façon que de construire un nombre important d’universités que nous aurons du mal à doter en personnel enseignant qualifié en quantité suffisante.

Avec quelques universités nationales bien pourvues qui collaborent pour la mise en ligne des formations, nos étudiants pourraient depuis leur localité d’origine, donc tout en bénéficiant des avantages considérables de la vie en famille, avoir la possibilité de suivre les formations de leur choix dans ces universités ou dans d’autres universités à travers le monde. Tout ceci constitue des possibilités nouvelles que nous pouvons exploiter judicieusement pour accélérer le processus de développement de notre pays.

Au-delà de ces quelques exemples de possibilités qui me viennent à l’esprit, la chose la plus importante à retenir est que les NTIC font partie des innovations tcchnologiques majeures comme l’imprimerie, la machine à vapeur ou l’électricité qui ont marqué l’évolution de l’humanité. Tous les pays du monde, qu’ils soient développés ou en voie de développement aspirent à les mettre au service de l’accélération de leur développement.

Une étude menée cette année en Europe montre que les administrations qui ont su repenser leur organisation avec une infrastructure en réseau et des applications basées sur Internet ont amélioré de 3 à 7 fois leur productivité. L’inégalité d’accès aux avantages de ces technologies aggravera de ce fait inévitablement les fractures économiques, sociales et culturelles actuelles.

Le rythme de développement des pays comme le notre qui ne parviendront pas à solutionner leurs problèmes en s’appuyant sur ces technologies accentuera très rapidement le retard qu’ils ont pris sur les autres pays. C’est pourquoi il a été retenu dans la Déclaration du Millénaire de faire en sorte que les avantages de ces technologies soient accordés à tous.

Au plan sous-régional, à quel niveau se situe le Burkina Faso en matière de NTIC et qu’est-ce qui explique cette situation ?

Joachim Tankoano :

A l’occasion de la 1ère phase du Sommet Mondial sur la Société de l’Information qui s’est tenue à Genève en décembre 2003, l’Union International des Télécommunications a publié pour la 1ère fois un indice d’accès numérique qui mesure, dans les pays retenus, la possibilité globale qui est donnée aux particuliers d’avoir accès aux technologies de l’information et de la communication et de les utiliser. Pour calculer cet indice, cinq catégories de variables ont été retenues.

Ces catégories concernent : (1) l’infrastructure - à savoir le nombre de téléphones pour 100 habitants, (2) l’accessibilité économique - à savoir le prix de l’accès à l’Internet en pourcentage du revenu national brut par habitant, (3) l’ éducation - à savoir le taux d’alphabétisation des adultes et de scolarisation aux niveaux primaire, secondaire et supérieur confondus (4) la qualité - à savoir la largeur de bande de l’accès à Internet à l’international en nombre de bits par habitant et le nombre d’abonnés au large bande pour 100 habitants, (5) l’utilisation - à savoir le nombre d’utilisateurs de l’Internet pour 100 habitants.

Par rapport à ces critères, notre pays a été classé 177ème sur 178. Comme vous pouvez le constater, ces critères inclus ceux relatifs à l’éducation où il est reconnu que notre pays est très en retard. Lorsque l’on fait abstraction de ce critère, le classement du Burkina devient acceptable. Bien que ce soit ce critère qui explique en grande partie notre mauvais classement, il faut aussi reconnaître que, comparativement aux pays qui nous entourent, les efforts de promotion du secteur sont contraints pour le moment par le taux élevé des taxes fiscales appliquées aux équipements informatiques à l’importation et par la réglementation du secteur qui est défavorable aux initiatives privées relatives au développement de l’Internet.

La cyberdélinquance est-elle un phénomène de plus en plus courant dans le monde et au Burkina Faso et comment l’utilisateur des NTlC peut-il assurer sa sécurité face à ce phénomène ?

Joachim Tankoano :

Internet est de base un espace totalement ouvert. Les millions d"ordinateurs qui sont interconnectés via ce réseau à travers le monde communiquent librement et à très faible coût. C’est ce qui fait la force de ce réseau mondial mais aussi son point faible.

Tout le monde peut communiquer avec tout le monde pratiquement sans frais dès lors qu’on est en possession de l’adresse électronique de l’autre. Tout le monde peut aussi mettre en ligne des contenus textuels ou multimédia de toute sorte, voire des transactions qui réalisent des opérations complexes accessibles à tout le monde dès lors qu’on dispose d’un ordinateur connecté au réseau ou qu"on a accès aux services d’un fournisseur d’accès à Internet.

Ces possibilités permettent aux honnêtes gens de communiquer plus facilement, plus rapidement, plus fréquemment et à moindre coût. Elles permettent aussi aux entreprises et aux administrations à travers le monde de bâtir des systèmes qui inter-opèrent afin d’offrir des services de toute sorte, accessibles en tout lieu, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Aujourd’hui, sur Internet, vous pouvez ainsi acheter et payer des futilités comme des fleurs ou des choses sérieuses comme des tracteurs ou des remorques et suivre pas à pas le processus de livraison jusqu’à votre domicile. On retrouve sur ce réseau, des services gouvernementaux, des institutions financières, des organes de presse (y compris les radios et les télévisions), des agences de voyage, des vendeurs de produits de toute sorte, des offres de formation en ligne, des cabinets de consultation en ligne, etc., qui parfois n’ont aucune adresse géographique.

Ces usages positifs du réseau se développent à côté d’autres usages plutôt répréhensibles. Les escrocs et les criminels trouvent en effet également en ce réseau les moyens de renforcer leur capacité et ne manquent pas pour cela d’ingéniosité.

Le fait de pouvoir camoufler assez facilement le point de départ d’un message est fréquemment exploiter par les criminels pour agir en toute impunité. C est notamment le cas des escrocs qui n’arrêtent pas d’envoyer des messages de détresse tous azimuts à propos de fonds importants en déshérence afin de pouvoir appâter leurs victimes. C’est également le cas des trafiquants et des terroristes qui peuvent coopérer plus facilement sans se faire repérer ou procéder plus facilement à des blanchiments d’argent. Les adeptes de la diffusion des messages haineux ou qui portent atteinte à la morale et à la dignité humaine comme ceux relatifs à la pédophilies ont eux aussi malheureusement compris très vite les avantages qu’ils pouvaient tirer des facilitées qu’offre le réseau pour la diffusion à très large échelle de l’information.

En outre, le caractère très ouvert du réseau est très fréquemment exploité à des fins criminelles multiformes par les spécialistes pour inonder le réseau de virus, provoquer des dégâts importants au niveau des systèmes informatiques, accéder à des informations confidentielles ou exécuter des opérations de façon illicite.
En somme, Internet est comparable à une ville où cohabitent d’une part des honnêtes gens et des personnes mal intentionnées ou de moralité douteuse et d’autre part des espaces publics et des espaces privés.

Pour assurer la sécurité sur Internet, il faut comme dans une ville définir le code de conduite que les cybercitoyens doivent respecter, spécialiser des policiers, des gendarmes et des juges dans le traitement des infractions à ce code de conduite. En d’autres termes, il faut définir le cadre juridique de la société de l’information et veiller à son respect.

Comme dans une ville, si vous êtes le propriétaire d’un espace privé, ces dispositions à elles toutes seules ne suffisent pas pour garantir la protection de vos biens, surtout s’ils ont une valeur très importante. Il vous faut, en plus, en fonction de ce critère, prendre des mesures de protection en prévoyant des portes plus ou moins blindées et des coffres forts, des gardiens pour filtrer les visiteurs, un système d’alarme pour alerter la police en cas de tentative de violation des zones de haute sécurité ou d’agression et éventuellement un véhicule blindé pour assurer le transfert de fonds avec votre banque.

Pour employer des termes plus techniques, il vous faut protéger votre réseau d’entreprise à l’aide d’un pare-feu capable de filtrer le trafic entrant et sortant en fonction des règles de sécurité que vous avez définies, de détecteurs d’intrusion capables de détecter automatiquement les comportements suspects de vos visiteurs et d’antivirus capables de détecter les virus incrustés dans les messages que vous recevez. Il vous faut aussi assurer le cryptage des données critiques que vous échangez avec vos partenaires afin qu’en cas d’interception, ces données ne puissent pas être déchiffrées.

Comme dans une ville, il n’y a jamais de sécurité à 100%. Plus on veut tendre vers une sécurité maximale, plus il faut investir en moyens de protection. Pour l’utilisateur ordinaire qui n’a pas de données critiques à protéger, l’utilisation d’un bon antivirus régulièrement mis à jour et le respect de quelques règles de prudence comme éviter d’ouvrir les messages en provenance d’inconnus, de consulter des sites peu recommandables ou de télécharger des programmes occultes peuvent être suffisants pour se prémunir des cybercriminels.

La lutte contre la cybercriminalité relève à la fois du judiciaire, du technique et de l’éducation des cybercitoyens.

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication évoluent très rapidement, quelles sont les dernières évolutions dans ce domaine ?

Joachim Tankoano :

Il est difficile de répondre à une question de ce type en quelques mots, surtout en utilisant des termes accessibles à tout le monde. Aussi je vais me contenter de parler d’une évolution qui me paraît positive et d’une autre qui me paraît être une nouvelle menace.

Pour ce qui concerne l’évolution positive, je retiendrai les avancées dans le domaine des réseaux sans fil et des nouvelles normes XML pour la représentation et les échanges de contenus. Ces avancées permettront le développement de nouvelles formes d’interactions entre les systèmes des entreprises et donc plus d’intégration mais aussi l’explosion de l’Internet des mobiles.

Sur ce dernier point, il faut noter que nous vivons actuellement l’ère de l’Internet des Pc. Internet met pour le moment en réseau essentiellement ce qu’on appelle communément les ordinateurs personnels. Dans un avenir très proche, il ne fait plus de doute que ce réseau sera aussi largement utilisé pour l’interconnexion d’équipements mobiles de toute sorte (comme les téléphones portables, les ordinateurs de paume, les voitures, etc.) à des systèmes intelligents. Un touriste pourra par exemple, depuis un restaurant de Ouagadougou où il prend un repas, répondre, à partir de son téléphone portable, à quelqu’un qui sonne à la porte de son appartement à Paris et télécommander s’il le veut, l’ouverture de cette porte tout comme un élève pourra accéder à son cartable électronique à partir de son ordinateur de paume quelque soit sa position géographique dans une ville.

Pour ce qui concerne la menace, il s’agit de l’apparition en juin dernier du premier virus conçu pour infecter les téléphones portables équipé de l’OS Sybian. Ce virus qui s’appelle « Cabir » est capable d’envoyer une copie de lui-même à un autre téléphone dont le numéro est enregistré dans le poste infecté, heureusement sans autre action nocive pour le moment.

Quel genre de relation la DELGI entretient-elle avec les organismes et structures qui s’occupent des NTIC au Burkina Faso ?

Joachim Tankoano :

La DELGI a été créée pour appuyer la politique du Gouvernement en matière de promotion de l’outil informatique. L’évolution technologique de ces dernières années aidant, la DELGI a très vite compris qu’elle ne devait pas focaliser ses efforts de promotion que sur les applications classiques de l’informatique, mais qu’elle devait aussi travailler à faire en sorte que les télécommunications et l’audiovisuel facilitent la mise en place de ces applications.

En outre, cette évolution commande que les télécommunications et l’audiovisuel s’informatisent et deviennent aussi progressivement des applications informatiques à part entière. Ceci a amené la DELGI à se tourner vers les acteurs du secteur des télécommunications et du secteur de l’audiovisuel qui contribuent aujourd’hui à la promotion des NTIC.

Dans le même esprit, la DELGI s’est fortement tournée aussi vers le Ministère qui a en charge l’économie afin que la promotion des NTIC puisse être appréhendée comme une question centrale du développement durable. Tout ceci s’est traduit concrètement par une collaboration très étroite avec ces acteurs dans l’élaboration du plan de développement de !infrastructure nationale d’information et de communication et de sa stratégie d’opérationnalisation. Cette collaboration s’est révélée fructueuse et doit se poursuivre en se renforçant. Elle doit permettre d"amener aussi les acteurs sectoriels parmi les acteurs incontournables de la promotion des NTIC.

Interview réalisée par Aïssetou ZEBRET
La Dépêche

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