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La transformation des produits agroalimentaires et de l’artisanat à Ouagadougou

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Recherches et innovations • • jeudi 4 décembre 2014 à 12h19min

Le rôle joué par les femmes dans la production, la collecte, la transformation et la distribution des produits agro-sylvo-pastoraux est incontestable. Ces activités sont menées en général au sein d’associations féminines et mixtes en milieux urbain et rural. L’émergence du mouvement associatif est une force qui assure aux femmes un pouvoir, une certaine notoriété dans la communauté. Ce pouvoir leur permet d’être des actrices à part entière du développement.

Dans la commune de Ouagadougou, des associations féminines de transformation des produits agroalimentaires et de l’artisanat ont été créées il y a une dizaine d’années. Elles se confrontent cependant à de nombreuses contraintes qui entravent leur bonne marche. A cet effet, une étude initiée par le Forum National de la Recherche Scientifique et des Innovations Technologiques (FRSIT), vise à identifier en particulier les contraintes liées au genre d’appartenance au sein des associations afin de mieux les accompagner.

L’objectif de cet article est de restituer les travaux du diagnostic réalisé sur ces contraintes. Les données proviennent du document portant sur les résultats de l’étude réalisée par le FRSIT et des travaux de l’atelier de restitution dudit document en décembre 2012, auquel nous avons pris part. Avant d’évoquer les contraintes, l’article présente d’abord les associations qui ont fait l’objet de l’étude.

I. Présentation des associations

Caractéristiques générales

Vingt-cinq associations ont fait l’objet de l’enquête ; elles se situent dans les arrondissements de Baskuy (3), Bogodogo (8), Boulmiougou (11) et NongrMassom (1) de la commune de Ouagadougou. La date de création indique que 40% d’entre elles l’ont été entre 1984 et 1999 et les 60% restantes entre 2000 et 2009. Selon la figure n°1, de nouvelles associations féminines ont été créées tout au long de la période considérée et c’est à partir des années 90 que des associations mixtes ont commencé à voir le jour.

Le nombre de membres par association est très variable. Les associations féminines comptent 5 à 165 membres et les associations mixtes 7 à 200 membres. Les tranches d’âge des membres se situent entre 15 et 30 ans pour les hommes et entre 31 et 50 ans pour les femmes, traduisant une faible présence de jeunes filles au sein de ces associations.

Pour assurer leur fonctionnement, les associations ont institué des cotisations. Au sein des associations mixtes les paiements sont effectifs dans 6 associations (86%) mais pour les associations féminines, ils le sont dans 11 (65%) et défectueux dans 6 (35%).

1.2 Les domaines d’activités et/ou de transformation

Les 9 domaines d’activités, de transformation et/ou filières sont : le karité, le néré, le coton, les céréales, l’arachide, les légumes, les fruits, le lait et l’artisanat. Sur les 25 associations, 40% interviennent dans une seule filière, soit un effectif de 10, dont 7 féminines et 60%, soit 15 associations, qui interviennent dans 2 à 4 filières (Tableau n°1). Sur cet effectif, la répartition est de 10 féminines et 5 mixtes. Cependant, on trouve quatre filières qui concentrent les interventions, à savoir les céréales (11 associations), le karité (10 associations), le coton et le néré (9 associations chacune). Les chiffres n’indiquent pas de lien certain entre le nombre des activités de transformations pratiquées et l’âge des associations.

Les données montrent que les associations féminines interviennent principalement dans la transformation du karité, du néré, des céréales, du coton (teinture, tissage) et de l’artisanat. Les associations mixtes interviennent aussi dans ces mêmes domaines, à l’exception de la filière coton. Les produits transformés qui en découlent sont pour :
-  la filière karité : beurre de Karité, produits cosmétiques,
-  l’arachide : pâte d’arachide
-  le néré : soumbala,
-  les céréales : farine, boisson (dolo de mil), grumeaux de bouillies et de dèguè, couscous, …,
-  le lait : yaourt, lait frais, fromage
-  les légumes : divers condiments secs
-  les fruits : jus et produits séchés, friandise à base de fruits
-  le coton : Tissage de bande d’étoffe (Faso Dan Fani), tissus teints
-  l’artisanat : divers articles (sacs à mains, articles produits à partir des déchets plastique, etc.)

En général, les associations qui transforment le beurre de karité et l’arachide produisent également du savon (toilette, lessive etc.).

Les modes de transformation sont le séchage, la cuisson, la fermentation, la mouture, l’étuvage, le tissage/teinture et le modelage. Le niveau de transformation est artisanal pour 60% des associations, semi industriel pour 28% et les 12% restants combinent les transformations artisanales et semi-industrielles. Toutefois, la qualité des équipements est peu satisfaisante. En effet, elle serait bonne pour 22,2% des associations mixtes ; moyenne pour 94% des associations féminines contre 56% pour les associations mixtes et mauvaise pour 50% des associations féminines contre 67% pour les associations mixtes.

II. Les principales contraintes

Au sein des vingt-cinq associations, 20 principales contraintes ont été identifiées

Ce tableau indique que les principales contraintes (occurrence des réponses) sont l’insuffisance de fonds de roulement, le manque d’équipements, l’insuffisance de formation et le manque d’un local assaini ou de siège, le ralentissement/réduction du travail. Une autre contrainte se dégage pour les matières premières, si l’on regroupe les4 types de contraintes mentionnées : cherté, rupture, mauvaise qualité et perte, soit un total de 16 réponses. Les questions de cherté et de rupture s’expliquent le plus souvent en amont, notamment l’impact des changements et variabilités du climat sur la production agricole et forestière. Il apparaît cependant que dans cette liste, le ralentissement/réduction du travail, la pénibilité/complexité du travail, le découragement/démobilisation, etc. apparaissent plus comme des conséquences de certaines contraintes.

Une association GTPAA TeegaWendé mentionne être confrontée à une seule contrainte, l’insuffisance de formation ; les 24 autres (96%) sont confrontées à au moins 2 contraintes. Sur cet effectif, 21% des associations ont cité chacune entre 10 et 13 contraintes ; 29% ont mentionné 5 à 9 contraintes et enfin la moitié restante 50% ont cité chacune 2 à 4 contraintes. La figure n°2 indique cette répartition des contraintes selon le genre.

Ainsi des observations complémentaires peuvent être faites pour les associations impliquées dans une seule filière. Ces dernières font face généralement à de nombreuses contraintes. Dans la filière lait, on dénombre 11 contraintes pour l’association mixte UMPLL et 9 pour l’association féminine FITLAIT dont des contraintes communes : insuffisance de formation, manque d’équipements, ralentissement/réduction du travail, faible rendement. De même, les 2 associations féminines Promo Karité et bien être de la femme ainsi que l’association mixte Relwindé intervenant dans la filière karité ont mentionné respectivement 12, 4 et 2 contraintes. L’insuffisance de fonds de roulement et le manque d’équipement sont des contraintes partagées par les 3 associations. Les 2 associations féminines partagent en plus, l’insuffisance de formation et le manque desiège.

Face à toutes les contraintes identifiées, l’étude diagnostic a proposé au FERSIT, les solutions possibles suivantes : l’appui matériel, une plus grande fréquence des foires, l’acquisition de siège, l’assistance/l’accompagnement par des partenaires ou/et par des spécialistes, l’accroissement de la capacité de production, la formation (en hygiène, gestion/marketing, suivi/évaluation, prise en compte du genre), l’appui financier, l’appartenance à un réseau. Pour notre part, nous suggérons une identification plus précise des besoins réels des associations pour les contraintes « insuffisance des fonds de roulement et manque d’équipements »afin de trouver des solutions adéquates et significatives, en raison des nombreuses initiatives étatiques et privées existantes pour l’octroi des crédits. Une meilleure collaboration entre les associations et les Départements de Recherche de l’Institut de Recherche en Sciences Appliquées et Technologiques(IRSAT) et de l’Institut de l’Environnementale et de Recherches Agricoles (INERA) permettrait de mieux utiliser les résultats de la recherche pour lever nombre des contraintes répertoriées.

Conclusion

La prise en compte des contraintes définies par les associations et des solutions proposées par l’étude et par l’atelier de restitution devrait permettre d’optimiser leur fonctionnement et d’atteindre leurs objectifs. A cet effet, le projet « valorisation des résultats de la recherche et des innovations au Burkina Faso » mis en œuvre par le FERSIT devra effectivement assurer les appuis qui s’imposent pour une meilleure opérationnalisation des actions en faveur du genre. Cela passe aussi par une utilisation appropriée des nombreux résultats générés par la recherche scientifique et les innovations des inventeurs susceptibles de lever certaines des contraintes. A cet effet, les efforts concertés entre tous les acteurs dans la prise en compte effective des besoins et des attentes des associations mixtes et féminines sont indispensables à promouvoir. Cela reste un atout indéniable pour l’« empowerment » et le leadership féminin.

M. Mariam Dama/Balima, Valérie Bougouma
INERA/ Département Gestion des Ressources Naturelles et Systèmes de Productions (GRN/SP)
Année 2014

Bibliographie

Ministère de l’Environnement et du Développement Durable du Burkina Faso (2013) : Rapport provisoire sur les associations féminines ; Plan National d’adaptation aux changements climatiques du Burkina Faso.
MRSI/FERSIT Burkina Faso (2012) : Diagnostic des contraintes du genre au sein des associations travaillant dans le domaine de la transformation, commune de Ouagadougou – Province du Burkina Faso ; rapport pour l’atelier de validation par KAREMBEGA/TALL Kadidia
TATIETA Marcel, PALE Bernadette (1990) : Problématique du dynamisme des Associations et groupements villageois féminin au Burkina Faso.

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