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IBK sera-t-il favorable à un « accord » à Alger en 2014 après avoir subi celui de 1992 et avoir été hostile à celui de 2006 ? (2/2)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Crise malienne • • jeudi 17 juillet 2014 à 07h56min
IBK sera-t-il favorable à un « accord » à Alger en 2014 après avoir subi celui de 1992 et avoir été hostile à celui de 2006 ? (2/2)

Ibrahim Boubacar Keïta était premier ministre du Mali au lendemain de la signature du Pacte national le 11 avril 1992. C’est lui qui va avoir en charge sa mise en œuvre. Rappelons que le Pacte définissait « un nouveau découpage administratif du Nord du Mali, fondé sur des Assemblées locales, régionales et inter-régionales ». Il prévoyait notamment « l’intégration des anciens combattants des MFUA dans les différents corps de l’armée et de la sécurité ainsi que celle des cadres de la fonction publique, la création de patrouilles mixtes pour assurer la sécurité, un programme de rapatriement des réfugiés, une aide au développement du Nord, une commission indépendante d’enquête… ».

La mise en œuvre du Pacte national sera assurée par un Commissariat du Nord* créé le 5 juin 1992 et des Collèges transitoires d’arrondissements (CTA) seront institués pour « préfigurer les collectivités locales en attendant leurs créations effectives ». A la suite de la cérémonie de la Flamme de la paix à Tombouctou (et la dissolution du MFUA), le 27 mars 1996, un Programme d’appui à la réinsertion des ex-combattants du Nord-Mali (Parem) sera mis en place. Le Parem visait la réinsertion socio-économique de 9.509 ex-combattants (ou considérés comme tels) via le financement de 866 projets individuels ou collectifs pour un coût total de 8,76 millions de dollars (dont 1,17 million de dollars pour les primes de démobilisation lors du cantonnement).

Mamadou Traoré, conseiller diplomatique d’Amadou Toumani Touré de 2004 à 2010 avant d’être ambassadeur à Washington, était en poste à Ouagadougou alors qu’ATT vivait ses derniers jours à Koulouba (il a présenté les copies figurées de ses lettres de créance à Djibrill Y. Bassolé le vendredi 24 février 2012 !). Ce n’est pas un diplomate de carrière ; mais un parfait connaisseur de la situation au Nord-Mali à laquelle il a consacré de nombreux écrits. Dans son « Mémorandum sur la gestion du Nord-Mali de 1992 à 2012 », il a écrit : « De 1992 à 2002, soit vingt ans, la gestion de la question du Nord a toujours été en haut de l’agenda des gouvernements successifs de la République du Mali malgré ses difficultés : le vide laissé par le départ de l’Armée nationale du Nord du territoire comme le demandait le Pacte national a été comblé par divers trafics qui sont allés croissants […] ; les partenaires au développement, sensés soutenir la paix en finançant des projets de développement n’honorent pas toujours leurs promesses ; le calendrier de la décentralisation ne peut être tenu en raison d’un problème de ressources humaines, de capacité générale et d’inertie de l’administration ; la gestion des intégrés sans concours ni formation préalable ». Il ajoutait : « La surprise a cependant été totale quand, le 23 mai 2006, une nouvelle rébellion éclata […] Le motif évoqué était de voir le retrait de l’armée de la région de Kidal et revoir la gestion des intégrés ».

Cette nouvelle rébellion va ramener Alger dans la médiation. Le 4 juillet 2006 sera signé « l’accord d’Alger pour la restauration de la paix, de la sécurité et du développement » entre le gouvernement malien et l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC). Au sujet duquel Traoré a écrit : « L’accord d’Alger, parce que négocié dans la confidentialité, a été rejeté comme le Pacte national par une partie de la population et a fait l’objet d’un recours auprès de la Cour constitutionnelle, par un parti politique, parce que non conforme à la Constitution ».

Ibrahim Boubacar Keïta sera en pointe dans son opposition à l’accord d’Alger. Ayant perdu, début 2000, son job de premier ministre et de président de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema), le parti présidentiel, il avait créé, fin 2001, le Rassemblement pour le Mali (RPM). Mais il n’arrivera qu’en troisième position lors de la présidentielle de 2002, derrière ATT, « candidat indépendant », et Soumaïla Cissé, celui de l’Adéma. Au deuxième tour, il soutiendra ATT et le RPM deviendra le deuxième parti à l’Assemblée nationale dont IBK prendra la présidence. Le 28 janvier 2007, IBK sera investi par le RPM comme candidat à la présidentielle du 29 avril 2007. Un an auparavant, le 23 mai 2006, la rébellion avait attaqué les camps de l’armée nationale à Kidal et Menaka ; le 4 juillet 2006 sera signé l’accord d’Alger.

Interrogé par Cherif Ouazani (Jeune Afrique du 18 février 2007) sur son « hostilité aux accords d’Alger », IBK répondra : « Notre rejet des accords d’Alger a été un moment pénible pour nous, car il a été interprété comme une volonté de casser du Touareg, et le RPM a été assimilé à un parti va-t-en guerre. Ce qui n’est évidemment pas le cas. En fait, nous voulions signifier à l’Etat qu’il devait assumer ses fonctions régaliennes. Nous n’avons pas compris qu’une simple mutinerie au sein des forces armées se transforme en crise d’Etat au point d’impliquer une puissance amie dans la recherche d’une solution ». Des propos qui trouvent un écho tout particulier à la suite des événements de 2012 et 2014 au Mali. Il ajoutait alors : « Le contenu de ces accords pose deux autres problèmes : ils ne garantissent aucunement la paix, d’une part ; d’autre part, ils exposent la communauté touarègue à une stigmatisation, voire à une marginalisation. Les problèmes du Nord sont bien réels, et le déficit de développement y est criant. En aucun cas les accords d’Alger ne constituent une réponse adéquate »**.

Du Pacte national (11 avril 1992) à l’Accord d’Alger (4 juillet 2006), la rébellion des Touareg et la médiation d’Alger auront donc été un fil rouge dans la vie politique d’IBK qu’il soit premier ministre ou président de l’Assemblée nationale. C’est d’ailleurs cette même rébellion des Touareg qui a été une opportunité lui permettant, en 2013, d’accéder à une présidence de la République qu’il guignait depuis longtemps mais qu’il n’avait jamais pu conquérir. Trop de commentateurs ont oublié cette permanence des rébellions touareg dans l’histoire du Mali et, du même coup, dans l’histoire politique d’IBK. Lui, ne l’a pas oublié.

Il l’a rappelé dans son premier discours de Nouvel An prononcé le 31 décembre 2013 (cf. LDD Mali 0120/Mercredi 8 janvier 2014) : « Je ne veux que la paix. Rien que la paix, dans toutes les régions du Mali, dans toutes les communes du Mali qui doivent prendre le contrôle de leur développement dans un Etat qui ne sera plus jacobin, centralisateur, mais distributeur et régulateur. C’est la décentralisation, accompagnée d’une réelle dévolution de certaines compétences et ressources jadis aux mains de l’Etat, et impliquant une nouvelle forme de gouvernance territoriale, qui constitue la réponse à la demande d’une autre forme d’Etat tel qu’observable ailleurs ». Et d’ajouter aussitôt : « Le Mali est dans cette réforme depuis 1992. Il la continuera. Et je m’engage à la porter à son seuil d’irréversibilité ».

Cette « décentralisation » initiée en 1992, à laquelle IBK fait référence, résulte bien sûr du Pacte national dont la signature, le 11 avril 1992, avait permis au Mali, a écrit l’ambassadeur Traoré, de « tourner le dos, pour toujours, à la philosophie de réduction des rébellions touareg comme moyen de sécuriser le Nord, pour une large autonomie de ces régions dans le cadre d’une politique très poussée de décentralisation et de développement ». Il ajoutait : « Toutes les collectivités territoriales, dans le cadre des lois et règlements de la République du Mali, jouissent d’une très large autonomie. A elles de les exploiter ».

* Le Commissariat au Nord sera transformé en Autorité pour le développement intégré du Nord-Mali (ADIN) puis en Agence pour le développement intégré du Nord-Mali.

** Au sujet de ces accords d’Alger, Mamadou Traoré a écrit dans son « Mémorandum » : « L’Algérie se retirera de l’accord d’Alger suite à l’affaire Pierre Camatte suscitant dans l’opinion nationale des interrogations sur la relation entre cette nouvelle rébellion et la lutte contre les éléments du GSPC algérien ayant trouvé refuge au Nord du Mali ».

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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