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Adresse de Gbagbo à la nation :Tout ça c’est hoba hoba (1)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • lundi 1er décembre 2003 à 12h16min

C’est Omar Bongo Ondimba, de son récent nom officiel (2) qui l’avait annoncé le vendredi 21 novembre 2003 à Libreville après avoir parrainé la rencontre entre Laurent Gbagbo et Dominique de Villepin : le chef de l’Etat ivoirien va bientôt s’adresser à son peuple. Sans plus.

Lui d’habitude si bavard et au franc-parler qui lui vaut la sympathie de nombre d’Africains avait choisi ce jour-là, d’être "avare en paroles" pour reprendre sa propre expression. Il n’en fallait pas plus que le propos sibyllin du président gabonais pour qu’on se mette à conjecturer sur le nième discours à la nation de Gbagbo depuis le déclenchement de l’insurrection armée. "Il va sans doute annoncer de grandes décisions", a-t-on pu entendre.

Certains même s’étaient laissé dire qu’il pourrait s’écraser un peu et donner à son Premier ministre les pleins pouvoirs pour conduire la transition. "Sera-ce enfin la voix de la sagesse, de l’engagement ferme et définitif d’avaler la pilule, fût-elle amère de Marcoussis, ou va-t-on encore assister à des faux-fuyants comme ceux qu’il nous a déjà servis à son retour de Kléber ? Quand on sait de quoi il est capable, on tremble déjà à l’idée de ce qui peut sortir de sa douche", écrivait pour sa part l’Observateur paalga dans le "Commentons l’événement" du lundi dernier.

Et Gbagbo parla le jeudi 27 novembre courant après s’être rendu à Bobo-Dioulasso et à Bamako. A la vérité, on doit de reconnaître que le ton est plus conciliant et tranche avec cette virulence du début de la guerre quand le boulanger-pâtissier de Cocody voulait faire descendre le feu sur ses ennemis. Il semble aussi avoir épousé l’esprit de Marcoussis dont l’application de la lettre, qui a toujours posé problème, a conduit à l’impasse qu’on soit . Mais si on excepte ces aspects purement formels, il ne reste plus grand-chose de l’adresse présidentielle à la nation ivoirienne, car dans le fond, elle n’est pas consistante.

Ceux qui attendaient des mesures de haute portée politique en sont donc pour leurs frais. Quoi de plus normal quand le discoureur du jeudi soir est convaincu d’avoir déjà tout fait, tout donné.

- Il a nommé un Premier ministre de consensus "auquel, conformément à l’article 53 de notre constitution, j’ai délégué les pouvoirs dont il a besoin pour que le gouvernement de la République fonctionne et travaille au retour de la paix". Même si, dans la pratique, c’est une coquille vide qui a échu au vieux Seydou Elimane Diarra qui avait d’ailleurs, on se rappelle, dû sortir de sa placidité habituelle pour dire son mécontentement au risque d’être accusé d’intelligence avec les rebelles.

- Il a "formé un gouvernement de réconciliation nationale équilibré qui est composé des ministres issus des partis politiques signataires des Accords de Marcoussis, des mouvements rebelles et de la société civile". Qu’importe donc si, à l’image du premier d’entre eux, ces ministres sont sans pouvoir réel, s’ils ne peuvent pas choisir leurs collaborateurs, si certains sont victimes de l’insubordination de certains grands commis de l’Etat et s’ils craignent pour leur sécurité.

- Il a promulgué la loi d’amnistie votée le 6 août 2003 par le Parlement.
- Il a entamé en Conseil des ministres, le jour même de son allocution, "les discussions sur les lois suggérées par Marcoussis... un ensemble de textes dont les enjeux couvrent toutes les questions ouvertes par la crise ivoirienne".

Il s’agit notamment de la libre circulation des personnes et des biens, du droit de résidence et d’établissement dans les pays de la CEDEAO, du code de la nationalité ivoirienne, de l’article 35 de la constitution, de l’identification de la population, de la carte nationale d’identité ivoirienne, du domaine foncier rural... bref de tous ces sujets sur lesquels le camp gouvernemental et les Forces nouvelles n’étaient déjà pas tombés d’accord à Accra où ils avaient été réunis les 18 & 19 novembre derniers.

On le voit, dans son "message de rassemblement et d’esprits " ainsi qu’il l’a appelé, Laurent Gbagbo donne l’impression d’avoir cédé sur tout, mais l’effet d’annonce passé, on se rend compte qu’il ne lâche presque rien. Car s’il demande à ses adversaires de "saisir la main tendue par la nation", et ne jure que par le désarmement, il ne leur fait en retour aucune promesse susceptible de débloquer la mise en œuvre de la "feuille de route de Marcoussis".

Quoi qu’il en soit, la question se pose maintenant de savoir si les Forces nouvelles vont se laisser manger dans la main en réintégrant la salle du Conseil des ministres qu’ils ont déserté depuis le 23 septembre 2003. On le saura sans doute aujourd’hui ou demain à l’issue des consultations samedi & dimanche entre les responsables politiques et les chefs militaires des FN pour statuer sur le retour ou non au gouvernement.

Priés de toutes parts de mettre fin à leur grève pour relancer le processus de paix et de réconciliation, les insurgés du 19 septembre sont en fait pris dans leur propre siège et n’ont pas vraiment d’autre choix que de lever leur suspension ; sauf à vouloir se marginaliser complètement et à apparaître comme ceux qui refusent la paix après avoir déclenché la guerre.
Gbagbo a au moins raison sur un point : aujourd’hui, la rébellion, qui, soit dit en passant, tend à se criminaliser, est "dans l’impasse" et il s’en serait réjoui si ce cul-de-sac n’était pas aussi celui de la Côte d’Ivoire tout entière.

Mais si seulement après le "hoba hoba" de l’autre jour, il pouvait arrêter ces calculs machiavéliques de vraie bête politique pour traduire ses paroles en actes comme l’ont souhaité les principaux partis d’opposition ivoiriens ! Ce serait la meilleure façon de sortir de cette voie sans issue qui n’arrange personne sauf à être habité par des penchants suicidaires.

L’Observateur

Notes

(1) C’est le titre d’une chanson du reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly

(2) Après avoir troqué son Albert-Bernard contre le nom du deuxième Calife des musulmans après sa conversion à l’islam en 1973, Omar Bongo vient en effet d’ajouter le nom de son père, Ondimba, conformément à l’article 93 du code civil gabonais.

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