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Le Burkina Faso reprend en main son secteur minier (3/3)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Mines, mineurs, miniers, énergie • • jeudi 14 février 2013 à 15h08min
Le Burkina Faso reprend en main son secteur minier (3/3)

Si 2012 a été une année significative pour le secteur minier, 2013 débute également sous de bons auspices. Le jeudi 17 janvier 2013, la société Bissa Gold, à Sabcé, dans la province du Bam, a coulé son premier lingot d’or en présence du premier ministre, Luc Adolphe Tiao, et du ministre des Mines, des Carrières et de l’Energie, Salif Lamoussa Kaboré.

C’est la 7ème mine d’or à entrer en production au Burkina Faso et sa mise en exploitation ne peut que réjouir le maire de la commune rurale de Sabcé, l’homme d’affaires (et homme politique) Pierre Zoungrana, présent dans les secteurs hôtelier (il est propriétaire de la chaîne des hôtels Pacific) et énergétique au Burkina Faso, même s’il estime que « des attentes restent à combler » (157 des 590 employés permanents sont issus de la commune).

Nordgold (qui exploite déjà la mine de Taparko au Burkina Faso, toutes deux à ciel ouvert) a investi 250 millions de dollars pour la mise en exploitation de ce gisement dont les réserves probables sont estimées à 57 tonnes d’or. Cette société est dirigée par le Russe Nikolaï Zelenski ; de création récente (2007), elle est à l’origine une émanation du puissant groupe sidérurgique russe Severstal (propriété de l’oligarque Alexeï Mordachov), mais a pris son indépendance (Nordgold est coté à Londres) depuis tout juste un an (janvier 2012) ; elle est présente aujourd’hui en Russie et au Burkina Faso bien sûr, mais également au Kazakhstan et en Guinée.

L’or fascine. Nécessairement. Plus encore depuis le début du XXIème siècle : son prix a été multiplié par 6,5 en douze ans et sa demande mondiale a doublé. C’est, en plus, une aubaine pour un pays enclavé comme l’est le Burkina Faso : pas besoin d’infrastructures lourdes pour son exportation : 32,6 T produites en 2011, 40 T prévues pour 2012, cela ne pèse pas lourd ; mais le rendement financier est performant : 440 milliards de francs CFA de recettes d’exportation en 2010 (7,7 % du PIB) et 620 milliards en 2011 (12,12 %). On comprend l’intérêt porté à cette production mythique et, dans le même temps, la confidentialité qui entoure cette activité lucrative (même si les choses sont en train de changer, le cours de l’or tend à stagner) ; confidentialité d’autant plus forte que cette production est le fait de groupes privés après avoir été assurée, pendant de longues années, de manière artisanale.

Ce serait une erreur de se focaliser sur cette seule production alors que le Burkina Faso recèle des ressources significatives en d’autres matières. Quelques jours après le lancement officiel des activités de production de la mine d’or de Bissa-Zandkom, c’est celui de la mine de zinc de Perkoa, à Réo, dans le Sanguié (à environ 135 km à l’Ouest de Ouagadougou), qui a été célébré par les responsables politiques burkinabè le samedi 19 janvier 2013. Perkoa c’est, là encore, une vieille affaire. Mining Journal, édité à Londres, dans un dossier consacré au secteur minier au Burkina Faso et publié le 13 août… 1993, fait remonter à 1982 la perspective de la mise en production de ce gisement, dans le cadre d’une étude économique réalisée par le PNUD.

A l’automne 1990, la société suédoise Boliden International Mining avait déjà signé un accord de joint-venture avec le gouvernement burkinabè relatif à son exploitation. Boliden, qui détenait 65 % de la joint-venture, prenait en charge le management du projet, 35 % étant entre les mains du gouvernement. La production devait démarrer en 1992 et durer douze ans sur la base de 70.000 T/an de zinc. Présent à Perkoa le 19 janvier 2013, près d’un quart de siècle plus tard, Tiao n’a pu que « saluer l’aboutissement de ce projet qui tenait vraiment à cœur au chef de l’Etat ».

La mine de Perkoa, première mine de zinc en Afrique de l’Ouest, est exploitée par la société suisse Glencore, la compagnie australienne Blackthorn Resources et le groupement burkinabè Nantou Mining. 250 millions de dollars d’investissements ont été consentis pour la réalisation de ce projet qui devrait permettre d’assurer 0,6 % de la production mondiale de zinc.

Il y a dix ans, l’exploitation minière au Burkina Faso était une espérance, rien de plus. On peut dire aujourd’hui que cela n’a pas été une espérance trahie. Sauf que l’évolution du secteur ne s’est pas faite sans difficultés : économiques, techniques, sociales (y compris pour ce qui est du travail des enfants dans l’orpaillage). Les autorités sont conscientes que le secteur minier est « off » Burkina Faso ; plus qu’aucune autre activité économique, il demeure « étranger ». La colonisation française ne lui avait pas accordé toute l’attention nécessaire* et, on l’a vu (cf. LDD Burkina Faso 0322/Jeudi 7 février 2013), il aura fallu attendre le « Front populaire » pour que les potentialités minières du pays soient prises en considération par les politiques. Le Burkina Faso est devenu un pays minier ; l’or est désormais la première source de devises du pays et contribue fortement au PIB. Mais ce n’est pas pour autant que ce pays cesse d’être fondamentalement rural, l’impact économique et social de cette activité demeurant faible.

Salif Lamoussa Kaboré l’a dit lors de l’inauguration de la mine de Bissa Gold (cf. supra), le jeudi 17 janvier 2013 à Sabcé : « Il est important que la contribution des industries minières au développement du Burkina Faso soit plus perceptible […] C’est pourquoi nous travaillons à améliorer les conditions d’investissement dans ce secteur par la création de cadres appropriés, soutenus par des partenariats gagnant-gagnant, ainsi qu’une plus grande équité dans la distribution des revenus nouveaux. Et le relecture du Code minier s’inscrit dans cette logique ». Il a également appelé à « une grande concertation avec les acteurs du secteur minier, la société civile et les partenaires techniques et financiers ». Lors de sa visite à Essakane, le 4 juin 2012, Tiao avait martelé avec détermination l’ambition qui était celle de son gouvernement : « que le secteur minier devienne vraiment le moteur de notre économie. Nous souhaitons faire du Burkina Faso, véritablement, un pays minier. Nous souhaitons également que le développement du secteur minier soit d’abord profitable aux Burkinabè ».

C’est donc cette préoccupation qui a été réaffirmée lors du conseil des ministres du mercredi 6 février 2013 avec l’annonce de la perspective de la mise en place d’une société d’Etat pour assurer « un meilleur suivi du secteur ». Préoccupation d’autant plus urgente que les cours des matières premières (à commencer par l’or) sont particulièrement volatiles et que « la ruée vers l’or », chacun le sait depuis « l’affaire du Veau d’Or », est toujours source de tensions sociales et de ruptures politiques.

A noter enfin que lors de sa récente visite à Abidjan (7-10 février 2013), le premier ministre Tiao a évoqué avec ses partenaires ivoiriens la réhabilitation du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou-Yaya et son extension jusqu’à Tambao, un projet qui, s’il se réalise, changera la physionomie économique et sociale du pays ; mais il a évoqué également « la question de l’orpaillage clandestin et anarchique […] phénomène qui prend de l’ampleur [et] devrait faire l’objet d’un partage d’expérience dans le cadre de la lutte contre ce système d’exploitation illicite de leurs ressources »**. Il convient de rappeler également que certains commentateurs ivoiriens reprochent parfois au gouvernement d’Alassane D. Ouattara de faire la part belle, dans l’attribution de permis dans la filière aurifère, à des intérêts… burkinabè. C’est dire que « le pays des hommes intègres » tendrait à devenir celui des « mineurs » après avoir été celui des « planteurs », y compris hors de ses frontières.

* En 1926, la Compagnie équatoriale des mines (CEM) s’est implantée dans le cercle de Gaoua où elle a créé, en 1929,
la Compagnie minière de Haute-Volta (CMHV) pour y étudier les gisements de cuivre et d’or. Mais devant le peu de résultats obtenus, la CEM va reporter son effort sur l’Oubangui-Chari (actuellement RCA) et la CMHV n’aura qu’une activité marginale qui cessera définitivement à la veille de la Deuxième guerre mondiale.

** Il a été convenu par les deux délégations d’organiser une conférence de la Cédéao en vue d’harmoniser les approches.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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