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Le Burkina Faso reprend en main son secteur minier (2/2)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Mines, mineurs, miniers, énergie • • mercredi 13 février 2013 à 16h29min
Le Burkina Faso reprend en main son secteur minier (2/2)

Le facteur limitatif au développement minier du Burkina Faso est l’insuffisance des infrastructures de transport et d’énergie. Les mines consomment beaucoup d’électricité et d’eau et, par définition, se trouvent dans des zones isolées ; et, généralement, les plus sahéliennes du pays.

Pour prendre en compte cette contrainte, Boubacar Yahya Diallo sera promu secrétaire d’Etat à l’Energie et aux Mines (sous la tutelle du ministre de l’Industrie, du Commerce et des Mines, Thomas Sanon ayant pris la suite du capitaine Henri Zongo*, exécuté avec le capitaine Jean-Baptiste Lingani le 19 septembre1989 à la suite de la découverte d’une « tentative de coup d’Etat ») lors du remaniement ministériel du 16 juin 1991, quelques semaines avant de laisser la place (le 26 juillet 1991) à Ali Coulibaly puis à François Ouédraogo (20 juin 1992), un ingénieur géologue.

Le 3 septembre 1993, le secrétariat d’Etat à l’Energie et aux Mines va disparaître, ce qui n’est pas la meilleure des choses. Zéphirin Diabré est ministre de l’Industrie, du Commerce et des Mines mais ne peut pas être partout. Le 22 mars 1994, il sera remplacé par Mohamed Souley, alors lieutenant-colonel de la gendarmerie. Ce n’est que le 11 juin 1995 qu’un ministère de l’Energie et des Mines est, enfin, créé. Il est confié d’abord à Elie Justin Ouédraogo, ex-DG de la Soremib, actuellement président de la Chambre des mines du Burkina Faso et de la Société d’exploitation minière de l’Afrique de l’Ouest (Semafo), par ailleurs chef traditionnel de Gourcy depuis le 31 août 2011 (sous le nom de règne de Naaba Baongo), puis à Abdoulaye Abdul Kader Cissé (l’intitulé de son ministère prend alors également en compte les « carrières ») qui va battre un record de longévité : ce sahélien né à Dori a été en charge de ce portefeuille de 2000 à 2011.

Tertius Zongo, Premier ministre, et Kader Cissé vont vivre intensément « la ruée vers l’or » du Burkina Faso au rythme des inaugurations des nouvelles mises en exploitation et de l’explosion des cours sur le marché mondial : Youga en 2008 (groupe canadien Etruscan Resources Inc.) ; Inata (groupe britannique Avocet Mining) ; Essakane, la 6ème « grande mine » du Burkina Faso (groupe canadien Iamgold – 225 milliards de francs CFA d’investissements, soit le plus gros investissement privé au Burkina Faso) en 2010.

Le dimanche 16 janvier 2011, dans le dernier gouvernement de Tertius Zongo, Lamoussa Salif Kaboré prendra la suite de Kader Cissé. Quand, à la suite des mutineries de 2011, Luc Adolphe Tiao va succéder à Zongo, il maintiendra Kaboré ; qui fera même un bond dans la hiérarchie gouvernementale, passant de la 13ème à la 8ème place. L’or est devenu le premier produit d’exportation du Burkina Faso depuis 2009 et Kaboré, hormis le fait d’avoir été directeur général de Sonabel, est en grande proximité avec François Compaoré, le frère du président du Faso qui s’impose de plus en plus ouvertement dans le paysage politique burkinabè. Pour certains commentateurs, ceci expliquerait cela. C’est la règle du jeu politique : il est rare, sauf période de bouleversements sociaux majeurs (et encore), qu’un inconnu se retrouve sous les feux des projecteurs ; il n’y a pas de carrière sans réseaux. Les réseaux de Kaboré sont les bons.

Le mercredi 7 décembre 2011, il a été fait chevalier dans l’ordre de la légion d’honneur par l’ambassadeur de France à Ouagadougou. « Ami de la France », « Français par le cœur », Kaboré est né en Côte d’Ivoire à Port-Bouët, le 6 juin 1957 ; c’est aussi en Côte d’Ivoire qu’il a décroché sa maîtrise de sciences économiques (option « gestion d’entreprise ») complétée, en France, à Caen, par une formation au sein de l’Institut d’administration des entreprises (IAE).

C’est au ministère de la Promotion économique qu’il débutera sa carrière comme conseiller aux affaires économiques à la direction du contrôle des sociétés d’Etat (succinctement installée dans les anciennes dépendances de la résidence de l’ex-président de l’Assemblée nationale). Après cinq années à la Promotion économique, il rejoindra la Sofitex puis sera nommé, en 1993, directeur général du Comptoir burkinabè des métaux précieux (CBMP) créé en 1986 pour la commercialisation de l’or. En 1996, il rejoindra la Chambre de commerce, d’industrie et d’artisanat en tant que secrétaire général avant de se voir confier la direction générale de Sonabel, responsabilité qu’il va assurer pendant plus de dix ans.

Kaboré est ministre quand est créée, le 20 mai 2011, la Chambre des mines du Burkina Faso (CMB) présidée par Elie Ouédraogo (cf. supra). Du 21 au 25 mars 2012, se tiendra la première édition du Salon international de l’énergie, des mines et des carrières, pas vraiment professionnel, mais perception qu’il y a quelque chose à faire pour structurer le secteur. C’était à la suite d’un « point de presse du gouvernement » (jeudi 15 mars 2012) au cours duquel Kaboré avait souligné que « l’exploitation industrielle de l’or offre environ 5.000 emplois permanents, plus de 9.000 emplois directs et environ 30.000 emplois indirects […] Les mines font vivre plus de 200.000 personnes ». Le 6 décembre 2012, se tiendra la Vème édition des Journées de promotion minière (Promin) : « Exploitation minière et développement communautaire ». Si la thématique n’a pas été totalement traitée comme il convient**, les mines sont un centre d’intérêt majeur pour le gouvernement, les élus locaux, les opérateurs économiques, les bailleurs de fonds. Elles sont, dit-on, « un levier important pour le développement économique et l’accélération de la croissance » ; chacun sait depuis Archimède que pour qu’un levier fonctionne, il faut un point d’appui et celui-ci fait encore cruellement défaut, en matière minière, au Burkina Faso.

Luc Adolphe Tiao, visitant la mine d’Essakane le 1er juin 2012, rappellera quelle est la règle du jeu : « L’exploitation minière doit s’inscrire résolument dans une vision de développement durable, c’est-à-dire respectueuse de l’environnement et soucieuse des générations futures […] Le développement minier doit apporter une contribution substantielle au développement local. Nous ne voulons pas que Essakane soit une espèce d’enclave au milieu d’un océan de misère ». Le Burkina Faso veut, par ailleurs, être en conformité avec l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) et a jusqu’au 25 avril 2013 pour satisfaire à toutes les exigences, ce qui n’est pas encore le cas (faute de quoi il lui faudra reprendre le processus d’adhésion à zéro).

2012 a été une année exceptionnelle pour le secteur minier. Six mines d’or sont en exploitation (Youga, Taparko, Mana, Kalsaka, Inata, Essakane) ; le phosphate de Kodjar, le calcaire de Tiara et Dioungoko ainsi que le manganèse de Kiéré sont eux aussi en exploitation. 859 titres miniers et autorisations sont valides (162 titres miniers ont été attribués au cours du seul premier semestre 2012) : 621 permis de recherche, 10 permis d’exploitation industrielle, 16 permis d’exploitation semi-mécanisée, 197 autorisations d’exploitation artisanale traditionnelle et 47 autorisations d’exploitation de substances de carrière. La mine d’or de Poura a été reprise par la société Newmont Ventures Ltd (convention signée le 1er juin 2012) et la mise en exploitation du gisement de manganèse de Tambao émerge une fois encore (cf. LDD Burkina Faso 0311/Vendredi 14 septembre 2012).

* Cruelle ironie de l’Histoire : Blaise Compaoré et Henri Zongo revenaient d’un voyage à Pékin, la Chine populaire s’étant engagée à accorder une « aide substantielle » pour la construction du chemin de fer du Sahel Kaya-Tambao. Un projet dont
le maître d’œuvre était le ministère de la Promotion économique dirigé par Zongo. Qui, à la veille du sixième anniversaire
de la « Révolution », le 4 août 1989, avait inauguré le lancement du chantier. Seul, Compaoré étant retenu à Ouagadougou. Quelques jours plus tard, me recevant à Ouaga, Zongo avait fustigé le comportement de la France concernant le projet d’exploitation minière de Tambao, finalité du projet ferroviaire : « La France coloniale, me dira-t-il, trouvait formidable
le projet d’amener le train d’Abidjan au Niger et, maintenant, alors que nous sommes indépendants, nous dit que c’est
un mauvais projet ».

** Selon le ministre des Mines, des Carrières et de l’Energie, il s’agissait d’engager « un débat constructif entre l’ensemble
des acteurs que sont les partenaires, la société civile, les communautés locales et les compagnies minières autour de la question du développement durable des régions qui abritent les mines ».

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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