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Mais que font les Maliens alors que tout le monde est au chevet de leur pays ? (3/3)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Crise malienne • • lundi 16 juillet 2012 à 13h03min

Puisque les Maliens ne font rien – enfin, rien de constructif – pour résoudre la crise qui, depuis six mois a bouleversé la vie des populations et l’équilibre géopolitique de la région, la balle est dans le camp des institutions régionale (Cédéao) et panafricaine (Union africaine) dont, par ailleurs, le Mali est membre.

Le communiqué final de la deuxième réunion du groupe de contact sur le Mali (Ouagadougou, 7 juillet 2012), auquel Bamako était représenté ni par le président de la République ni par le premier ministre (mais par Rokiatou Guikine Traoré*, une diplomate de carrière, ministre de l’Intégration africaine et des Maliens de l’extérieur), est sans ambages : retour au Mali du président de la République ; gouvernement d’union nationale avant le 31 juillet 2012 ; feuille de route de sortie de crise ; rétablissement de l’autorité et de l’administration de l’Etat sur l’ensemble du territoire national ; élections justes, transparentes et crédibles dont sont exclus le président de la République, le premier ministre et les membres du gouvernement de transition ; pourparlers de paix avec les mouvements armés du Nord du Mali ; renforcement des capacités de l’armée malienne. Enfin, en matière de respect des droits humains et des libertés fondamentales, le gouvernement malien et les mouvements armés occupant le Nord sont mis dans le même sac.

L’objectif – Djibrill Y. Bassolé l’a dit clairement à RFI dans un entretien accordé le lundi 9 juillet 2012 – c’est « d’améliorer la collaboration entre le Mali et la Cédéao » car elle n’est pas, actuellement, « exactement comme on l’aurait voulue ». Si les populations de la région se lassent de l’impéritie des responsables (et des irresponsables) politiques et militaires maliens et trouvent la facture un peu trop salée, au sein de la Cédéao c’est tout bonnement l’exaspération. Trop, c’est trop. Non seulement les Maliens, les uns après les autres, « foutent le bordel » dans la région ; mais quand on leur tend la main pour tenter de remettre de l’ordre, ils vous envoient paître.

Les amis de Cheick Modibo Diarra, premier ministre, regroupés au sein du Front pour le renouveau du Mali, qui contestent désormais « les compétences du médiateur », affirment que « les linges sales doivent se laver en famille ». Sauf que la famille est totalement éclatée et que les linges sales s’accumulent depuis tellement longtemps qu’ils débordent largement au-delà des frontières du Mali. L’Alliance pour la démocratie et la République (ADR) affirme qu’on « ne doit pas régler les problèmes du Mali en dehors du Mali ». Le Forum des organisations de la société civile (Forum des OSC) entend privilégier « l’espace national dans tout processus de recherche de solutions et d’appropriation citoyenne » (et pourquoi pas se réunir à Gao ou Tombouctou quand on sait que même au sein de son palais le président de la République se fait « foutre sur la gueule » ?) ; et pour montrer que les « élites » maliennes ne sont pas toutes déglinguées, le président du Forum des OSC a cette formulation qui serait « ampoulée » si elle n’était pas, tout simplement, ridicule alors que le Mali est non seulement par terre mais humilié et piétiné : « Ce questionnement [faut-il ou non se rendre à Ouagadougou à l’invite du groupe de contact] s’adresse à la probable valeur ajoutée attendue de la mise en place d’un gouvernement d’union nationale dans le contexte actuel du Mali étant donné que toutes les parties prenantes s’étaient prononcées pour l’accompagnement du gouvernement actuel ».

Dans ces propos transparait, d’ores et déjà, le mot d’ordre qui sera lancé dès lors que la décision d’une implication de la Cédéao sur le terrain malien sera prise : « ingérence ». Ce n’est pas par hasard que les propos ci-dessus, qui dénoncent justement une « ingérence » étrangère dans les affaires intérieures maliennes, ont été collectées par l’agence chinoise Xinhua (« Chine Nouvelle »). Pékin vient de rétablir sa coopération bilatérale avec Bamako considérant que « le président de la transition, le gouvernement de la transition, le parlement fonctionnent, alors cela veut dire que l’ordre constitutionnel fonctionne ». C’est Cao Zhongming, ambassadeur de Chine au Mali, qui l’a dit le lundi 9 juillet 2012, au journal malien Le Républicain. Il a même martelé à cette occasion que la politique de la Chine « n’est pas d’intervenir dans les affaires intérieures d’un pays : nous respectons le choix du peuple […] Si les Maliens ont souhaité un système, un arrangement politique, nous le respectons […] comme le veut le principe de non ingérence ». La Chine est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. La Russie également. Et Alger, qui n’entend pas être dans l’affaire malienne « le dindon de la farce », a d’ores et déjà pris langue avec les ambassadeurs en Algérie de ces pays : si tout le monde s’accorde sur le principe de « non ingérence », tout le monde n’en a pas la même lecture. Cela promet !

C’est dans ce contexte international que la question d’une « intervention » au Mali se pose aujourd’hui avec de plus en plus d’acuité compte tenu des rapports sur les exactions commises au Nord du Mali par les « islamistes ». Une intervention à risques diplomatiques, politiques et militaires. Que peut reprocher la « communauté internationale » à la situation qui prévaut au Mali ? Un coup d’Etat militaire foireux et la partition du pays ? L’occupation du Nord du Mali par des « islamistes » qui y pratiquent la Charia ? Des exactions « d’islamistes » à l’encontre d’une population musulmane de longue date ? Il n’y a ni massacres ni menaces ; au contraire, les « islamistes » affirment vouloir le mieux être social et spirituel des populations locales. Autant dire que les Nations unies n’iront pas au-delà de la protestation tandis que la France ne fera qu’exprimer sa préoccupation.

La Cédéao n’est pas mieux lotie. Ni diplomatiquement ni militairement. Son seul domaine d’action est politique ; et la médiation menée par Blaise Compaoré s’y emploie pleinement. Et c’est pourquoi, d’ailleurs, Djibrill Y. Bassolé joue à fond et de manière permanente la carte de la négociation. L’Humanité, dont on connaît la proximité avec les « intellectuels » maliens et la détestation du régime en place à Abidjan, ne manque pas, d’ailleurs, de souligner que la France et les Etats-Unis interviennent en « sous-main » au sein de la Cédéao « présidée par l’homme installé par Paris, l’Ivoirien Alassane Ouattara » (Pierre Barbancey dans L’Humanité du jeudi 12 juillet 2012). Un discours qui, bien évidement, trouve de l’écho à Bamako.

Et pourtant ce qui se passe au Mali est dramatique pour l’Afrique et l’Europe. Un pays considéré (même s’il convenait de nuancer largement cette analyse) comme un modèle de démocratie, où un président considéré comme une figure historique, à l’issue de ses deux mandats légaux, se préparait à céder le pouvoir à la suite d’une élection présidentielle pour laquelle il y avait profusion de candidats d’horizons divers, peut ainsi, en l’espace de quelques jours, sombrer totalement politiquement, économiquement, socialement, culturellement sans qu’aucune institution républicaine, sans que sa population, son administration, son armée… ne soient en mesure d’exprimer (à défaut d’organiser), sur le terrain, un quelconque mouvement de résistance. Tout le monde a pris la fuite ; à commencer par ceux qui devaient, justement, résister. C’est une page noire de son histoire que les responsables de ce peuple viennent d’écrire. Enfin, plus exactement, de laisser écrire par d’autres. La page de sa soumission sans rébellion. Minable.

* Secrétaire générale du ministère des Affaires étrangères depuis juin 2011, Rokiatou Guikine Traoré a fait toute sa carrière dans la diplomatie depuis sa sortie de l’ENA de Bamako où, pourtant, elle avait choisi l’option « économie ». En charge de la Francophonie (au temps de l’ACCT), directrice adjointe de la coopération internationale, conseillère technique chargée des questions culturelles et sociales, ambassadeur-directrice de la coopération internationale, elle a été également ambassadeur à Libreville avec attributions pour l’Afrique centrale.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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