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Djibrill Bassolé, représentant du médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne : « La décision de la formation d’un gouvernement d’union nationale n’est pas du tout un diktat »

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Crise malienne • • mardi 10 juillet 2012 à 00h42min

Le représentant de Blaise Compaoré, médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne, a accordé ce lundi une interview à notre confrère de Radio France Internationale (RFI). Djibrill Bassolet apporte entre autres dans cet entretien des éclairages sur les mesures prises par le groupe de contact de la CEDEAO lors de sa réunion du 7 juillet à Ouagadougou pour une gestion efficace de la situation au Mali.

RFI : Un gouvernement d’union nationale à Bamako avant le 31 juillet. N’est-ce un dictat de la CEDEAO comme disent les partisans du putsch du 22 mars ?

Djibrill Bassolet : Non, pas du tout. Il ne s’agit pas d’un dictat de la CEDEAO. D’abord l’accord cadre du 6 avril mentionne clairement que parmi les institutions à mettre en place figure un gouvernement d’union nationale. Je me rappelle encore que la loi portant amnistie des putschistes a été votée à l’Assemblée nationale à l’unanimité. Ceci a été fait dans un souci d’apaisement et de réconciliation. Donc, dans le même esprit nous devrions pouvoir obtenir la mise en place d’un gouvernement de consensus, ce n’est donc pas un dictat. Ensuite, tout le monde demande que le gouvernement ait une plus large base sociale et politique.

Si ce gouvernement n’est pas formé avant la fin du mois, est-ce que vous prendrez des sanctions symboliques comme une simple suspension du Mali ou de vraies sanctions économiques comme un embargo ?

Je pense qu’on n’en arrivera pas à là. De toute façon, il me semble qu’à Addis Abeba, le 13 juillet, en marge du sommet de l’Union africaine, les chefs d’Etat de la CEDEAO se pencheront encore sur le Mali et le 14 juillet le conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine se penchera sur le Mali. Vraisemblablement, si d’ici le 31 juillet le gouvernement d’union nationale n’est pas mis en place, c’est l’équipe dirigeante qui sera très probablement suspendue des activités des organisations sous régionales.

Samedi vous avez invité le président Dioncounda Traoré à Ouagadougou mais il a dû rester à Paris pour raison médicale. En revanche, vous n’avez pas invité le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra. Pourquoi ?

Mais, en invitant le président de la République, les chefs d’Etat ont adressé l’invitation officielle au Mali. Donc, c’est aux autorités maliennes de s’organiser pour composer la délégation. En tous les cas, un ministre (NDLR : il s’agit de Rokiatou Guikine Traoré, ministre de l’Intégration africaine et des Maliens de l’Extérieur) a représenté le gouvernement du Mali.

Il y a trois mois, vous avez été l’un de ceux qui ont proposé Cheick Modibo Diarra comme Premier ministre d’une transition malienne. Est-ce qu’aujourd’hui vous n’êtes pas un peu déçu ?

Ah non ! D’abord ce n’est pas le Burkina, ni la médiation qui a proposé le nom de Cheick Modibo Diarra. Et puis il n’y a pas de raison d’être déçu ou pas. Aujourd’hui, nous voulons que le Mali ait un exécutif fort et efficace.

En fait, ce qui ne va pas avec ce gouvernement, c’est son manque d’efficacité face à la situation au nord, c’est ça ?

Le gouvernement n’est pas suffisamment représentatif. Il est composé de personnalités compétentes, je n’en doute pas. Mais, surtout la collaboration avec la CEDEAO n’est pas exactement comme on l’aurait voulu.

Ce futur gouvernement d’union nationale sera dirigé par l’actuel Premier ministre ou par un nouveau Premier ministre ?
Nous n’avons pas d’exigence à ce niveau. Ce sont les Maliens qui vont décider et le président de la République par intérim va nommer.

Mais où va votre préférence ?

Moi, je n’ai vraiment aucune préférence. Le Mali regorge d’hommes et de femmes capables de diriger le gouvernement. Le Premier ministre actuel n’est pas déméritant pour autant.

En compagnie de votre homologue ivoirien, Aly Coulibaly, vous arrivez aujourd’hui (NDLR : ce lundi, 9 juillet 2012) à Paris porteurs d’un message au président malien Dioncounda Traoré, quelle est la teneur de ce message ?

C’est la nécessité justement de mettre en place un gouvernement d’union nationale, d’améliorer la collaboration entre le Mali et la CEDEAO et la nécessité de mettre en place un dispositif capable de régler la question du nord, soit en allant en guerre ou en privilégiant le dialogue.

Est-ce que ça signifie un retour rapide de Dioncounda Traoré à Bamako ?

De préférence, oui.

Mais, comment empêcher que l’agression qu’il a subie le 21 mai ne se reproduise ?

Il faut mettre en place un dispositif rassurant, un dispositif de sécurité de préférence qui soit mis en place par les forces de défense et de sécurité maliennes. Maintenant la CEDEAO peut venir en appoint, la CEDEAO peut assister les forces de défense et de sécurité maliennes pour mieux remplir leurs missions régaliennes, à savoir protéger les institutions républicaines.

Est-ce la raison pour laquelle une mission technique de la CEDEAO est à Bamako depuis samedi ?

Entre autres, oui.

Vous dites qu’on peut résoudre la situation au nord Mali soit en allant en guerre, soit par le dialogue. Est-ce qu’on peut dialoguer avec les islamistes qui tiennent Tombouctou et Gao ?

Les islamistes, oui, pourquoi pas, les terroristes, non. Ceux qui prônent l’islam, ceux qui prônent la charia peuvent très bien s’asseoir autour d’une table pour qu’on définisse les modalités de la pratique de l’islam. Les Maliens d’ailleurs ne seraient pas choqués par ça. 90% des Maliens sont musulmans. Ce qui est redoutable, c’est la pratique terroriste, le fait de vouloir imposer par exemple la charia par la voix des armes.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez reçu une délégation d’Ansar Dine il y a quelques jours à Ouagadougou ?

Ansar Dine, pour nous, est un mouvement touareg malien. Il a eu le tort probablement d’avoir des alliances avec des groupes extrémistes religieux terroristes. Ansar Dine doit se défaire de cette alliance opérationnelle au nord Mali.

Est-ce que ça ne vous gêne pas de négocier avec des gens qui font flageller des civiles à Tombouctou ou qui font détruire des mausolées dans cette même ville ?

Alors, l’autre alternative, c’est aller en guerre contre eux. Mais, nous ne perdons rien à essayer de négocier d’abord. Nous voulons que le maximum de ceux qui ont pris les armes rentrent à nouveau dans la République dans le cadre d’un Mali uni.

Retranscrit par Grégoire B. BAZIE
Lefaso.net
Source : www.rfi.fr

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