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CONFEDERATION PAYSANNE DU FASO : " Souvenir de 50 ans d’importations alimentaires..."

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Cinquantenaire de l’indépendance du Burkina Faso • • mercredi 29 décembre 2010 à 00h00min

A la faveur de la célébration du cinquantenaire de l’accession de notre pays à l’indépendance, la Confédération paysanne du Faso (CPF) dresse un bilan des acquis et des défis du secteur agro-sylvo-pastoral burkinabè.

Dans 48 heures, le Burkina Faso, anciennement Haute-Volta, aura 50 ans et une halte sera ainsi marquée par la nation entière pour commémorer un demi-siècle d’accession à la souveraineté internationale. 50 ans d’indépendance pour le Faso, c’est aussi et surtout 50 ans d’indépendance dans la conduite des politiques sectorielles agricoles, quand on sait que l’agriculture est le fondement de l’économie burkinabè. De 1960 à nos jours, quel acte les acteurs agricoles majeurs, c’est-à-dire l’Etat, les producteurs et les partenaires ont posé au profit de leur agriculture et de leur secteur rural ?

La CPF, en tant que regroupement d’agriculteurs responsables et professionnels estime qu’en 50 ans, l’agriculture burkinabè a enregistré des performances salutaires. Mais l’arbre ne devant pas cacher la forêt, cette agriculture a trainé des tares qui la minent jusqu’à présent. De Maurice Yaméogo à Blaise Compaoré en passant par le général Sangoulé Lamizana, Saye Zerbo, Jean-Baptiste Ouédraogo et Thomas Sankara, les politiques et les pratiques agricoles ont permis d’obtenir de nombreux acquis parmi lesquels : 1) L’affirmation de l’agriculture comme levier de l’économie burkinabè par tous les régimes successifs. En témoignent l’institutionnalisation d’une Journée nationale du paysan, l’adoption d’une loi coopérative, d’une loi sur le foncier rural… ; 2) L’accroissement de la productivité par l’extension et l’exploitation effective des superficies emblavées et irriguées grâce aux efforts conjugués des pouvoirs politiques, des petits producteurs, des partenaires et du secteur privé.

Ainsi, le Burkina s’est positionné comme premier producteur de coton d’Afrique subsaharienne et comme l’un des meilleurs exportateurs de fruits et légumes, de noix et produits dérivés du karité, de bétail-viande, de volaille, etc. ; 3) L’organisation et l’encadrement technique des producteurs dont bon nombre maîtrise progressivement les paquets technologiques. Par exemple en 1960, la production semencière et le traitement du cotonnier étaient presque interdits aux producteurs. A présent, ces techniques sont pratiquées au quotidien et sans difficulté par de nombreux paysans ;

4) Le succès éclatant du mouvement coopératif paysan burkinabè. Entre les indépendances et ce jour 9 décembre 2010, le Burkina Faso demeure une bonne école et un puissant laboratoire dans lesquels des paysans d’Afrique et du monde viennent puiser des savoirs issus de nos traditions ancestrales et capitalisés par les techniciens du développement rural. Le mouvement paysan burkinabè a également offert à notre espace des leaders paysans dont les compétences transcendent les frontières de la République. Plusieurs d’entre eux sont auréolés de titres et de distinctions au niveau international.

Des acquis, mais aussi des défis à relever

En dépit des acquis engrangés dont on peut s’enorgueillir et qu’il faut absolument consolider, l’agriculture burkinabè fait face à des défis auxquels la CPF fait habituellement référence : 1) Ces 50 dernières années, la principale difficulté du secteur agricole a été sans doute la multiplication et l’enchaînement des politiques sectorielles agricoles. Les changements institutionnels ainsi que l’absence d’un cadre unique de mise en œuvre des actions de développement agricole expliquent en bonne partie les contraintes de notre agriculture : l’absence d’un mécanisme de financement de l’agriculture, la faible maîtrise de l’eau, la difficulté d’accès aux facteurs de production (terre, intrants, équipements agricoles), l’abandon du système de formation professionnelle agricole (Ecoles rurales, CPR), manque de politiques d’appui à la transformation/conservation des produits agricoles, manque d’un mécanisme de mise en marché des produits agricoles ;

2) De notre indépendance à aujourd’hui, les politiques de consommation et d’approvisionnement des populations n’ont pas été soucieuses du développement de l’agriculture. Elles ont privilégié l’importation des produits alimentaires et le recours systématique à l’aide alimentaire au détriment du développement de l’agriculture. Fort heureusement, la crise alimentaire de 2008 a rappelé l’impérieuse nécessité de rompre avec 50 ans d’importation et de dons alimentaires afin de mettre le cap sur la souveraineté alimentaire ;

3) Au début des années 90 et à la faveur du PAS imposé par les institutions de Breton Woods, l’agriculture burkinabè a été démantelée. L’OFNACER , la CGP et l’UCOBAM ont été liquidés alors qu’ils garantissaient aux producteurs des prix rémunérateurs. L’ajustement structurel a induit un arrêt des recrutements et des compressions de personnels au sein des ministères en charge du développement rural si bien qu’un grand nombre de producteurs ne bénéficie pas du Conseil agricole.

4) L’agriculture burkinabè déjà tributaire de la pluie est menacée par les changements climatiques dont les effets sont perceptibles dans les champs ;

Les propositions du cinquantenaire

Au moment de la commémoration du cinquantenaire placée sous le signe du souvenir et de l’espérance, la CPF se souvient des acquis indéniables de notre agriculture et espère que les décideurs prendront les mesures ci-dessous et sans lesquelles, les efforts de développement agricole et rural resteront vains. Ce sont : 1. L’adoption d’une politique de souveraineté alimentaire. Ensemble, décideurs, producteurs, partenaires, secteur privé et consommateurs doivent emprunter la voie de la souveraineté alimentaire ;

2. Miser sur l’exploitation familiale pour définir une loi d’orientation agricole et pour moderniser l’agriculture burkinabè en ce sens que pour la CPF, « l’entreprise agricole n’est que fille de l’exploitation familiale agricole » ;

3. Le financement de l’agriculture à travers d’une part, le renforcement des subventions agricoles et d’autre part, l’appui à la création d’une banque agricole à capitaux mixtes ouverts à l’actionnariat paysan ;

4. Promouvoir la commercialisation des produits agro-sylvo-pastoraux du Burkina dans le cadre de l’intégration régionale à travers la négociation et l’adoption par le Burkina au sein de la CEDEAO et de l’UEMOA de TEC soucieux et protecteurs des produits ; 5. L’accompagnement des producteurs, des transformateurs et des professionnels de la commercialisation des produits agricoles à prospecter de nouveaux marchés porteurs ; 6. Le refus de signer des accords aliénants de type APE et la vigilance dans les autres négociations politico-économiques et financières quant à la protection de notre agriculture.

Bobo-Dioulasso, le 9 décembre 2010

La Confédération paysanne du Faso

Le Pays

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