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Côte d’Ivoire : portraits (succincts) de ministres (éphémères) dépourvus d’état d’âme (1/2)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • mardi 14 décembre 2010 à 02h28min

Quoi qu’ils fassent, leur nom restera attaché, pour toujours, dans l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire, à l’action politique la plus ignominieuse qui ait été menée depuis l’indépendance de ce pays. Ils sont ainsi 34 à avoir accepté de participer au gouvernement formé par Laurent « j’y suis, j’y reste ». Avec l’habituelle piétaille que l’on retrouve dans toute formation « présidentielle », cela fait quand même pas mal de « forfaituristes » qui prennent leurs désirs pour des réalités.

Car, à la limite, l’essentiel n’est pas là. Il est bien plus dans le listing de tous ceux qui, se refusant « à injurier l’avenir », ont préféré prendre leurs distances vis-à-vis de la nouvelle (et sans doute éphémère) équipe gouvernementale. Dans la liste du gouvernement fantoche de Gbagbo on remarque ainsi l’absence des « grosses pointures » du FPI : Paul-Antoine Bohoun Bouabré (ex-ministre d’Etat, ministre du Plan et du Développement), Michel Amani N’Guessan (ex-ministre de la Défense)… et les « d’entrées » ne sont pas vraiment significatives.

Le premier ministre, Gilbert Marie Aké N’Gbo, n’est pas une tête d’affiche. 55 ans depuis le 8 octobre, recteur de l’université de Cocody-Abidjan (la plus ancienne institution universitaire) depuis le 14 mai 2010, il n’est pas cet « économiste de renommée internationale » que décrivent ses amis. Formé à Toulouse en économétrie, il a été admis à l’agrégation en… 1998. C’est un « prof » dont l’expérience politique ne dépasse pas les frontières de la sphère enseignante (dans le même temps, c’est une caution pour la clientèle professorale du FPI et des syndicats d’enseignants ; ou, du moins, ce qu’il en reste).

Ironie de l’histoire, il est « coordonnateur de l’observatoire de l’opinion publique sur la démocratie et les droits de l’homme » ; je ne sais pas à quoi cela correspond mais, pour ce qui est de la « clique Gbagbo », démocratie et droits de l’homme doivent être des « gros mots ». Notons que le premier ministre est aussi un adepte du taekwondo. Lors de son élection à la présidence de l’université de Cocody-Abidjan, il avait affirmé : « La démocratie est une bonne chose. Elle permet à chaque partie de s’exprimer […] Les règles du jeu ont été appliquée et de façon stricte. Ces élections serviront d’exemple à la Côte d’Ivoire. Gloire à Dieu et que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire ». Dommage, il n’a pas eu la même perception des choses à l’issue du second tour de la présidentielle ; il est vrai qu’il est plus facile de louer Dieu - et la démocratie - quand on gagne que lorsqu’on perd.

On pourra s’étonner que Gbagbo, qui évoque un « gouvernement de combat », ait nommé comme premier ministre un homme dont le profil est, à tous points de vue, particulièrement neutre. C’est cette « neutralité » - qui confine, diront certains, à la médiocrité politico-sociale - qui a, sans doute, séduit Gbagbo ; une personnalité « typée », au plan politique comme au plan social, aurait été un sujet de polémique. Aké N’Gbo a toutes les chances de n’être même pas un sujet ! Et, pour Gbagbo, il présente l’incomparable avantage d’être un « économiste » ; et donc, à priori, un homme capable de comprendre le mode de fonctionnement d’Alassane Ouattara. On sait quelles sont les faiblesses de Gbagbo en la matière. Et le savoir faire d’ADO ; pardon de son SEM le président de la République.

Germain Yanon Yapo, Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Libertés, est l’ancien président du Conseil constitutionnel (le premier nommé par Gbagbo en 2003 et remplacé, ensuite, par l’inénarrable Paul Yao N’Dré). La Défense a été confiée au conseiller spécial du président de la République, chargé des questions électorales, vice-président de Commission électorale indépendante (CEI) : Alain Dogou. Désiré Tagro, ex-ministre de l’Intérieur (il avait défrayé la chronique au cours de l’été 2010 après avoir été mis en cause dans des affaires de détournements et de corruption), ayant été nommé secrétaire de la présidence de la République, l’Intérieur a été confié à Emile Guiriéoulou qui était ministre de la Fonction publique et de l’Emploi.

Les Affaires étrangères (qui perdent « l’intégration africaine »), qui étaient entre les mains d’un PDCI, sont confiées à l’ambassadeur de Côte d’Ivoire aux Nations unies : Alcide Djédjé, par ailleurs conseiller diplomatique de Gbagbo. Il s’est illustré par des attaques contre Paris et, tout récemment, contre Dakar (« Nous avons les preuves d’une conspiration [d’Abdoulaye Wade] contre le président Gbagbo et contre la Côte d’Ivoire ») et l’ONU (il a dénoncé dans le représentant spécial du secrétaire général un « agent de déstabilisation et non de paix »).

L’Economie et les finances sont entre les mains de Noël Laurent Désiré Dalo, ancien directeur du port de San Pedro. Augustin Kouadio Koumoué conserve le portefeuille des mines (mais sans référence à l’énergie). Christine Adjobi, qui était ministre de la Lutte contre le sida, obtient la santé. Benjamin Yapo Atsé passe de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle à la Construction et à l’Urbanisme. L’Agriculture est confiée à un médecin de Korhogo, ancien directeur adjoint du cabinet de Gbagbo et, surtout, son directeur national de campagne : Issa Malick Coulibaly.

Voilà pour le Top-Ten du gouvernement. On le voit, pas de personnalités majeures capables de crédibiliser ce gouvernement ou de laisser penser qu’autour de Gbagbo s’est constitué un noyau dur d’hommes politiques capables de rassurer la « communauté internationale » ou de gouverner dans une perspective de rassemblement. Rien que des apparatchiks du FPI qui, par ailleurs, ont été largement « mouillés » dans les tripatouillages de la présidentielle. Poursuivons ce voyage au sein de la nomenklatura gbagboïste.

Le numéro 11 est Ahoua Don-Mello, directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) - ex-DCGTX d’Antoine Césario - ancien élève de l’Ecole nationale des ponts et chaussées (ENTP) de Paris ; ce chantre de la « refondation économique, sociale et culturelle de la Côte d’Ivoire », gauchiste devenu « néo-libéral-socialiste », obtient le portefeuille de l’Equipement et de l’Assainissement (sic). Le ministère des Transports est confié à N’Goua Abi Blaise, dont je ne sais rien (et je ne dois pas être le seul).

Par contre, pour l’Education nationale, c’est une femme qui est promue, plus encore la seule femme qui ait été candidate (indépendante) à la présidentielle 2010 : Jacqueline Iohouès Oble. Agrégée de droit privé, doyenne de la faculté de droit de l’université d’Abidjan-Cocody (1986-1989), ministre de la Justice sous Félix Houphouët-Boigny dans les gouvernements Ouattara (1990-1993), membre fondateur du RDR, député puis démissionnaire en 2000, elle se présente comme « une femme de principe » (Le Pays, quotidien burkinabè, du lundi 26 avril 2010) ; elle disait aussi, ce jour-là, que « quand deux personnes se battent, il en faut une autre pour les séparer ». Manifestement, elle a changé d’idée.

Du côté des « Eric Besson » en pagne, il faut relever également la présence du professeur Angèle Gnonsoa, première vice-présidente du Parti ivoirien des travailleurs (PIT) et présidente par intérim à la suite de la démission de Francis Wodié dont le score au première tour de la présidentielle avait été démoralisant (cf. LDD Côte d’Ivoire 0272/Mardi 16 novembre 2010). Wodié ayant appelé à voter pour Ouattara, Gnonsoa dénoncera une « forfaiture » et appellera « à faire bloc autour de Laurent Gbagbo pour […] la sauvegarde de l’indépendance de la Côte d’Ivoire ». Elle est désormais dans le « bloc » !

A suivre

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique


Liste complète du Gouvernement Gbagbo

- Président de la République : SEM Laurent Gbagbo

1 - Premier ministre, Ministre du Plan et du développement, chef du gouvernement :
Aké N`Gbo Gilbert Marie

2 - Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des libertés :
Yanon Yapo

3 - Ministre de la Défense Ministre de la Défense :
Alain Dogou

4 - Ministre de l`intérieur :
Emile Guiriéoulou

5 - Ministre des Affaires étrangères :
Alcide Djédjé

6 - Ministre de l`Economie et des finances :
Dalo Noël Laurent Désiré

7 - Ministre des Mines :
Augustin Kouadio Koumoué

8 - Ministre de la Santé et de la lutte contre le SIDA :
Mme Christine Adjobi

9 - Ministre de la Construction et de l`urbanisme :
Yapo Atsé Benjamin

10 - Ministre de l`Agriculture :
Coulibaly Issa malick

11 - Ministre de l`équipement et de l`assainissement :
Ahoua Don Mello

12 - Ministre des transports :
N`Goua Abi Blaise

13 - Ministre de l`Education nationale :
Ahne Jacqueline lohouès épouse Oble

14 - Ministre de l`Enseignement technique :
Angèle Gnonsoa

15 - Ministre de l`Environnement et des eaux et forêts :
Koffi Koffi Lazare

16 - Ministre de la Fonction publique :
Elisabeth Badjo Djécoury épouse Dago

17 - Ministre de la jeunesse, de la formation professionnelle et de l`emploi :
Charles Blé Goudé

18 - Ministre de l`Industrie et du développement du secteur privé :
Philippe Attey

19 - Ministre de la Femme, de la famille et de l`enfant :
Akissi Danielle Boni Claverie

20 - Ministre des Techniques de l`information et de la communication :
Ettien Amoakon

21 - Ministre de la communication :
Ouattara Gnonzié

22 - Ministre de la Culture :
Aplhonse Voho Sahi

23 - Ministre de la Recherche scientifique :
Kata Kéké

24 - Ministre des sport :
Franck Guéi

25 - Ministre du commerce :
Touré Amara

26 - Ministre du tourisme et de l`artisanat :
Kouamé Sécré Richard

27 - Ministre de la solidarité, de la reconstruction et de la cohésion sociale :
Kouamé Anne Gnahoré

28 - Ministre du travail :
Nyamien Messou

29 - Ministre délégué auprès du ministre de l`économie et des finances, chargé du budget :
Katinan Koné Justin

30 - Ministre délégué auprès du ministre de l`éducation nationale chargé de l`enseignement supérieur :
N`Guessan Yao Thomas

31 - Secrétaire d`Etat chargé de la vie scolaire et estudiantine :
Mme Lago Daleba Odette

32 - Secrétaire d`Etat chargé de la sécurité sociale :
Georges Armand Alexis

33 - Secrétaire d`Etat chargé des handidapés :
Dogo Raphaël

34 - Secrétaire d`Etat chargé des victimes de guerre :
Dosso Charles Rodel

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