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Madeleine Konaté, fille de Nazi Boni : « Pour son honnêteté, mon père a échoué en politique »

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Cinquantenaire de l’indépendance du Burkina Faso • • mercredi 8 décembre 2010 à 01h33min

Nazi Boni

Mère de deux enfants et benjamine du défunt écrivain et homme politique burkinabè, Nazi Boni, Madeleine Konaté est la présidente du Comité de gestion du collège de l’Avenir (CA) de Bobo-Dioulasso, créé par son père en 1967. Cette comptable de profession dont la vie est liée à l’indépendance du pays se prononce sur cette étape cruciale de l’histoire nationale notamment sur le rôle de son défunt père dans cette libération.

Sidwaya (S.) : Comment se porte la famille de Feu Nazi Boni ?

Madeleine Konaté (M.K.) : Ma famille se porte bien. De mères différentes, nous étions dix enfants, mais malheureusement aujourd’hui, nous ne sommes plus que six. Quatre d’entre nous sont décédés. Toutes les autres femmes de mon père sont également mortes sauf ma maman qui est toujours en vie.

S. : Quel souvenir gardez-vous de votre père qui a marqué de son empreinte l’histoire politique et littéraire de la Haute-Volta, actuel Burkina Faso ?

M.K. : Mon père est décédé à l’âge de 60 ans. Il est né en 1909 et il a été victime d’un accident mortel en 1969. J’avais seulement 9 ans quand mon père nous a quittés brutalement. J’étais en classe de CE1 à Dédougou. En son temps, j’étais avec un de mes frères et une sœur qui, n’est plus de ce monde, à Dédougou. Le jour du décès, notre tutrice est rentrée la nuit, tout en pleurant. Après nous avoir informées de la mauvaise nouvelle qu’elle venait d’apprendre, elle nous a demandés de faire rapidement nos bagages car nous allions partir pour le village. Nous avions donc passé la nuit au village car certains croyaient qu’on allait y amener la dépouille.

Ça n’a pas été le cas et nous étions obligés de remonter le lendemain à Bobo-Dioulasso où le corps était exposé à l’actuel centre hospitalier universitaire Sourô Sanou (CHUSS). A notre arrivée, nous avions trouvé un monde fou autour du cercueil vitré de notre père dont on pouvait voir le visage. Chacun tenait à lui rendre un hommage. C’est grâce une vieille dame qui m’a tenu par la main que j’ai pu le voir pour la dernière fois. De l’hôpital, la dépouille mortelle a été transportée à la maison et par la suite à l’ancien cimetière municipal de Bobo-Dioulasso pour l’enterrement. Je n’ai pas pu y assister puisque nous sommes rentrés au village pour les funérailles.

S. : Quel jugement portez-vous de l’implication active de votre père dans la vie politique de son pays ?

M.K. : Nazi Boni a fait de la politique mais il n’y a pas forcément réussi. Cela est dû au fait qu’il était très honnête alors qu’il se trouvait sur un terrain où cette vertu est la moins partagée.

En politique, les gens se mettent trop de bâtons dans les roues. S’il ne se s’était pas aventuré dans ce domaine, il serait, à mon avis, toujours en vie. Je voudrais demander aux nombreux admirateurs de mon père de faire en sorte que son image reste et que sa mémoire ne soit pas ternie. C’est un personnage de premier plan dans l’histoire du pays qu’on a tendance à oublier alors qu’il a activement lutté pour l’indépendance de la Haute-Volta. La mémoire de Nazi Boni mérite d’être entretenue pour que son parcours inspire les générations présentes. La nation ne doit lui oublier cette reconnaissance par devoir de mémoire.

S. : Malgré votre bas âge à l’époque, quelle appréciation faîtes-vous du père en référence avec ses relations avec ses enfants et des témoignages de ses compagnons ?

M.K. : Mon père était très paternaliste. Il aimait beaucoup ses enfants et était très attaché à son village natal, Bouan, dans la province du Mouhoun. Ses compagnons sont unanimes à reconnaître qu’il défendait les valeurs africaines basées sur l’intégrité. Nazi Boni faisait montre d’un franc-parler. Il n’aimait pas l’égoïsme et partageait tout ce qu’il avait. Mon père détestait surtout le mensonge. Et il s’est attelé à inculquer ses valeurs à l’ensemble de ses enfants. Quand nous étions petits, il nous faisait passer les vacances et les congés de Pâques et de Noël au village, chaque année.

Même ceux d’entre nous qui étudiaient en Europe n’échappaient pas à cette règle. Il tenait à ce que nous ne soyons pas des déracinés comme on le dit. Pendant les vacances et les congés scolaires, ses enfants se livraient aux travaux champêtres comme les autres enfants du village. Je crois qu’il a réussi son pari d’éviter que nous soyons des déracinés. Nous sommes toujours très fréquents au village. Nous sommes très attachées à notre ethnie, à notre communauté, à notre pays en ce sens que nous parlons tous le Bwamu, sans exception, même ceux qui ont étudié en Europe.

S. : Dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance, votre famille a-t-elle été approchée pour un éventuel hommage à Nazi Boni ?

M.K. : Nous avons été approchés par le Pr Salaka Sanou de l’Université de Ouagadougou, par ailleurs encadreur du club artistique et littéraire Nazi Boni pour l’organisation d’un colloque international. Et à ce sujet, il est question d’effectuer une sortie pour visiter les réalisations de mon père dans son village natal. Car il y avait entamé la construction d’une maison à étages que nous sommes en train d’achever.

Nazi Boni s’est également illustré dans la littérature avec le célèbre roman « Crépuscule des temps anciens » considéré comme la première œuvre littéraire majeure de ce pays. Pour ce qui concerne la gestion de ses droits d’auteur, il y a 5 ou 6 ans de cela, nous avions reçu des Editions Présence Africaine de Paris, un certain montant qui représentait les droits d’auteur. Depuis ce temps, nous n’avions plus entendu parler de droits d’auteur. Toutefois, j’ai une grande sœur qui est chargée de travailler là-dessus et qui s’active pour cela. Pour le moment, nous n’avons pas réédité le roman Crépuscule des temps anciens mais nous pensons à cela dans la mesure du possible.

Entretien réalisé par Kader Patrick KARANTAO (stkaderonline@yahoo.fr)

Sidwaya

Vos commentaires

  • Le 8 décembre 2010 à 01:58, par Un ami a Razack Bonzi depuis le Maroc En réponse à : Madeleine Konaté, fille de Nazi Boni : « Pour son honnêteté, mon père a échoué en politique »

    J’apprécie cet interview qu’a subi "Mado"(diminutif de son nom).J’espère que la famille pensera à rééditer ce livre qu’est "le crépuscule des temps anciens" car ça fait bientôt 5 ans que je cherche à en payer de nouveau mais je ne le trouve pas.
    En tout cas ça fait plaisir d’avoir des news de Tanti Mado qui ne me connais pas certainement !Je suis de Massala et un ami a Razack BONZI votre neveu !

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  • Le 8 décembre 2010 à 05:56 En réponse à : Madeleine Konaté, fille de Nazi Boni : « Pour son honnêteté, mon père a échoué en politique »

    J’ ai toujours eu un respect religieux pour cet homme. Je ne connais pas bien son parcours politique mais la trace des grands se degage de l’ homme. J’ ai toujours aime son chef- d’ouvre, Crepuscules des Temps Anciens, ecrit avec des mots difficiles certes mais d’ une precision imbattable. Nazi Boni a de lui- meme consacre son eternite dans son pays qu’ il a tant aime. Malheureusement, il a ete fauche par la mort dans un accident mortel a Sakoinse. Nous avons assiste presqu’ en live a cet accident horrible ou le vehicule a derape pour entrer dans un arbre. Il est pour moi l’ un des grands hommes historiques de ce pays. J’ avais 8 ans a l’ epoque et nous nous baignions dans le marigot lorsque le bruit epouvantable du vehicule nous fit sortir de l’eau. Paix a son ame.

    LOP

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  • Le 8 décembre 2010 à 20:13, par SDAK En réponse à : Madeleine Konaté, fille de Nazi Boni : « Pour son honnêteté, mon père a échoué en politique »

    MERCI MA SOEUR DE CE TEMOIGNAGE MAIS SACHE QUE LES GRANDS HOMMES NE MEURENT JAMAIS QUEL QU EN SOIT L OUBLI CAR L HISTOIRE EST POUR EUX ...J AI LU SON LIVRE ET J EN AI DISCUTE AVEC UN AUTRE GRAND DE CE MONDE J AI NOMME SEMBENE OUSMANE ET JE RESTE CONVAINCU QUE LA GRANDEUR EST IMMORTELLE .
    PAIX A SON AME ET QU IL CONTINUE DE VEILLER SUR VOUS SUR NOUS CAR CE SONT CES HOMMES QUI ONT FAIT LA HAUTE VOLTA SUR LEQUEL LE BURKINA FASO EST ET RAYONNE ... LA POSTERITE EST LA POUR CHACUN D EUX ....GRANDEUR A CET AUTRE DIGNE FILS DE L AFRIQUE.

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    • Le 8 décembre 2010 à 23:34, par Tidiane GK En réponse à : Madeleine Konaté, fille de Nazi Boni : « Pour son honnêteté, mon père a échoué en politique »

      C’est entre le l’ONATEL et la Maison du Peuple que, par le Bulletin quotidien d’information (BQ), j’appris le décès, par accident, de Nazi BONI. Je crois qu’il devait donner une conférence au Cendre culturel français (CCF) à 16 heures, si j’ai encore bonne mémoire. La nouvelle m’a très attristé. Ce n’est que plus tard que j’ai connu Mado, Mme Konaté par le mariage avec un Monsieur que je connais aussi.

      En parlant de son oeuvre, on a omis de parler de cet autre ouvrage intitulé "histoire synthétique de l’Afrique résistante". Mais enfin...

      Assurément Nazi BONI tout comme Ouezzin COULIBALY méritent d’être célébrés comme des dignes fils de la Haute Volta qui ne nourrisaient que d’un dessein noble pour pour leur patrie.

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  • Le 8 décembre 2010 à 21:32 En réponse à : Madeleine Konaté, fille de Nazi Boni : « Pour son honnêteté, mon père a échoué en politique »

    Nazi boni fut un grand qui doit entrer au Panthéon des Grands Homme du Faso comme Philippe Zinda Kaboré et Ouezzin coulibaly, Diongolo Traoré etc..mais on l’oublie très vite..Merci Madeleine (Que je ne connais pas) pour ton langage claire et naturel.. Faite un Musée des Grands homme de l’ouest pour immortaliser Nazi Boni Ouezzin et les autres...a Vous lire on comprend que le Viex Boni a légué son héritage à ses filles..des garçons je ne dirais rien. Suivez-mon regrad. Courage a toi et la grande sœur qui suit les question de réédition...Paix à l’âme de Déborah
    Que Dieux vous bénisse car la modestie que vous a inculqué" votre père tout le monde la voit

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