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Processus de paix en Côte d’Ivoire : Garder le cap malgré les turbulences

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • lundi 20 août 2007 à 07h33min

Laurent Gbagbo

Au fur et à mesure de l’enracinement de l’accalmie, la Côte d’Ivoire fait face à toutes sortes de revendications. Des plus sérieuses aux plus loufoques. Si l’empressement des frondeurs est compréhensible, la manière avec laquelle le pouvoir tente d’y faire face paraît périlleuse. Le temps ne serait-il pas venu de mettre fin à cette recherche effrenée et désordonnée de récompenses, et faire réellement avancer le processus de paix ?

Le président Gbagbo vient ainsi de rabrouer les jeunes soldats pour avoir exigé d’être recompensés alors qu’ils n’avaient pas « gagné la guerre ».

Au-delà de toutes ces circonvolutions, les Ivoiriens doivent comprendre que la corde est fragile et la pente raide d’ici aux élections et surtout aux lendemains de la proclamation des résultats. S’ils veulent que leur pays parvienne à reconquérir le cœur des populations de la sous-région, s’ils tiennent à réhabiliter le leadership qui lui a fait longtemps défaut, ils doivent s’aggripper au processus de paix engagé depuis Ouagadougou. Pour ce faire, ils doivent cesser de revendiquer n’importe quoi n’importe comment et n’importe quand. C’est en travaillant au renforcement du processus de paix dans le calme, avec sérieux et méthode, en gardant l’esprit ouvert qu’ils feront œuvre utile. Non en vociférant et en creusant les différences, en grimaçant, en menaçant ou en molestant.

Les Ivoiriens doivent garder le cap à tout prix jusqu’aux élections qui doivent être démocratiques, libres, transparentes et équitables. La société civile et la communauté internationale doivent demeurer vigilantes pour qu’aboutissent les accords de Ouagadougou. Il faut beaucoup travailler dans le sens de l’apaisement, de la nécessité de veiller au strict respect des accords de Ouagadougou. Et dans cette perspective, les autorités ont la charge de temporiser les ardeurs en arguant que toute revendication légitime trouvera satisfaction tôt ou tard, mais surtout dans le cadre d’un Etat républicain, fort du respect du droit démocratique.

Justifiées ou non, les réclamations à l’emporte-pièces traduisent une réalité : la soif de reconnaissance, la quête de vérité, davantage de justice et d’équité. Dans la nouvelle Côte d’Ivoire en construction, nul ne veut demeurer en reste, le pouvoir ayant maintes fois démontré qu’il détenait beaucoup d’argent. Mais il semble ne vouloir en donner qu’en contrepartie d’un clientélisme et d’un aplaventrisme humiliant.

Dans cette forêt encore incandescente, comment répondre aux attentes de la grande muette tout en lui faisant intégrer les enjeux de l’armée républicaine ? Comment reconstruire l’armée tout en préservant la paix, vu l’immensité des besoins et l’énormité des problèmes ?

Tout d’abord, il apparaît utile d’associer étroitement le Premier ministre Soro aux rencontres où se débattent les enjeux nationaux. Comme lors des derniers échanges avec les frondeurs, où le chef de l’Etat ivoirien a semblé avoir privilégié son manteau de chef suprême des forces armées. Il aurait pourtant été avantageux d’y joindre le Premier ministre. En raison même de son rôle dans la mise en oeuvre des Accords et au moment où l’accent est mis sur la réunification et la résolution de la crise identitaire.

Ensuite, s’attaquer aux vrais problèmes mais dans la concertation et sans précipitation. Chose curieuse : les difficultés actuelles du camp présidentiel semblent provenir davantage de ses soutiens : l’armée, les miliciens, entre autres. Par contre, la sérénité, la tenue, la discipline et la rigueur caractérisent pour l’instant les anciens rebelles. Ce paradoxe mérite d’être étudié dans l’optique de la refondation d’une armée ivoirienne véritablement républicaine. Car autant les insatisfactions peuvent engendrer la frustration, la démotivation et la démobilisation, autant les inégalités dans le traitement et les solutions de facilité constituent des germes de déstabilisation.

Troisièmement, un travail patient de conscientisation, de persuasion et de formation s’avère indispensable si l’on veut mener à son terme le processus de construction d’une armée républicaine intégrée. Il appartient alors aux premiers responsables du pays de s’ériger en exemples concrets à suivre.

Le processus de paix et la construction de la démocratie exigent du temps et une certaine maturité d’esprit. Mais que ne faut-il pas pour relancer les institutions et restaurer l’Etat de droit républicain ?

Plutôt que de tenter de tirer la couverture à soi, de chercher à faire diversion, les dirigeants ivoiriens, toutes tendances confondues, ont intérêt à ranger couteaux et fourches. A chacun de se préoccuper d’être conforme aux accords de Ouagadougou, de les vulgariser autour de soi, d’aider à les mettre en application dans le bon sens, et dans la cohésion retrouvée.

Dans cette perspective, le rôle d’accompagnement de la presse devient crucial. Il faut savoir l’associer aux moindres tressaillements pour la rendre encore plus responsable. Aux journalistes ivoiriens de faire toujours preuve de vigilance et de professionnalisme. Parce qu’il y a plus de boutiquiers de l’information et de crieurs publics que de journalistes crédibles et déterminés. Il faut savoir se départir du partisanisme étroit et mesquin.

Plutôt que d’attiser le feu, il faut rappeler constamment les termes des accords de Ouagadougou et en prévenir les moindres accrocs. Ceci afin que la barque ivoirienne glisse lentement mais sûrement sur les eaux en direction de la paix, de la liberté, de la justice, et de la démocratie.

Le Pays

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