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Guillaume Soro : Portrait d’un chef rebelle en Premier ministre (3/4)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • jeudi 12 avril 2007 à 08h19min

ADO, Gbagbo et Bédié

Dès lors que l’interposition des troupes françaises sur le terrain avait empêché toute option militaire, ce sont les politiques qui, une fois encore, vont être sur le devant de la scène. Les "rebelles" sont bel et bien signataires des accords de Marcoussis mais Laurent Gbagbo va longtemps rechigner à en faire des ministres.

Sous la pression de ses pairs africains, de la France et des institutions africaines et internationales, il va, cependant, leur concéder un espace étroit d’intervention. Tellement étroit que les "rebelles" vont s’y retrouvés... coincés. La vocation des "rebelles", c’est de conduire à son terme une rébellion ; la vocation des politiques, c’est de discuter les voies et moyens permettant d’empêcher les "rebelles" de la conduire à son terme. Le PDCI et le RDR, qui se retrouvent unis dans une même opposition à Gbagbo, vont y parvenir d’autant plus facilement que cela fait le jeu du pouvoir à Abidjan : il a besoin de temps pour se restructurer et se réarmer.

Les "rebelles", quant à eux, ne prennent aucune initiative politique. Ils se contentent de constater "l’échec des différentes médiations" et regardent le temps s’écouler : la présidentielle est prévue pour le 30 octobre 2005. A quelques encablures de cette échéance, Guillaume Soro, leader des Forces nouvelles, sera catégorique : "Si le président Gbagbo espérait d’une partie de la communauté internationale son maintien en toute illégalité et en toute illégitimité à la tête de l’Etat, il se trompe [...] Les Forces nouvelles prendront leur responsabilité le 30 octobre à minuit". Belle (et vaine) proclamation.

La présidentielle ne sera pas organisée et Gbagbo sera reconduit à la tête de l’Etat pour un an. Seul changement : le Premier ministre. Un poste que réclament les Forces nouvelles. "M. Laurent Gbagbo, déclare Soro le lundi 21 novembre 2005, ancien président de la République, a été unilatéralement désigné pour occuper le poste de chef de l’Etat. Pour nous, Forces nouvelles, il y a naturellement une différence entre un président de la République élu et un chef d’Etat nommé. Ce n’est pas le même statut, ni les mêmes pouvoirs.

Le deuxième poste créé [Soro fait référence à la résolution 1633 du Conseil de sécurité des Nations unies} est celui de Premier ministre. Pour nous, ce poste revient d’autorité aux Forces nouvelles. Nous supposons que la communauté internationale a pensé à Laurent Gbagbo pour le poste de chef de l’Etat parce qu’il contrôle 40 % du territoire où il continue d’exercer un certain pouvoir, et où il a une armée. C ’est la raison pour laquelle il a été choisi, sinon il n’a plus de légitimité. Si c’est au titre de la belligérance qu ’il occupe le poste de chef de l’Etat, la primature ne peut qu’échoir à l’autre belligérant".

Il ajoutera : "Ceci dit, nous considérons que la seule bataille qui vaut la peine d’être menée, c’est celle d’obtenir que le premier ministre nouveau ait les pleins pouvoirs et l’autorité nécessaires pour conduire ce processus ". Soro estime que sa "gestion" du Nord plaide en sa faveur et qu’il serait en position d’exiger la vice-présidence (ce qui nous ramène aux déclarations du président burkinabé, Biaise Compaoré, au lendemain du 18-19 septembre 2002 - cf. LDD Côte d’Ivoire 0212/Mardi 27 mars 2007). C’est, "par défaut", qu’il accepterait la primature. Il ajoute que Gbagbo a eu trois ans pour prouver qu’il pouvait restaurer la paix. Il a échoué. C’est à la rébellion, désormais, d’agir.

Soro n’obtiendra pas la primature à la fin de l’année 2005. C’est Charles Konan Banny, gouverneur de la BCEAO, qui ramasse la mise. Une fois encore, Soro doit aller s’asseoir sur son strapontin et lui, "l’enfant", le "petit", comme on dit en Côte d’Ivoire, doit aller s’installer après les "patrons" : Gbagbo, Banny, Bédié, Ouattara.

Certes, il est sur la photo de famille (celle prise à Yamoussoukro le mardi 28 février 2006) mais Gbagbo est toujours au pouvoir et lui n’y est toujours pas. Gbagbo ne manquera pas, d’ailleurs, de lui rappeler où se trouve sa place : "Je vous ai formé, mais vous êtes devenu un mauvais élève. Vous faites l’école buissonnière !" . Il va s’y adonner encore longtemps. Banny ne fera pas mieux que son prédécesseur et l’échéance électorale de 2006 sera reportée comme l’avait été celle de 2005. Gbagbo sera reconduit, une nouvelle fois, pour un an. Et Konan Banny est maintenu à son poste de Premier ministre.

Dans son message à la Nation pour l’année 2007, Soro va faire le constat que la Côte d’Ivoire est dans "l’impasse". "Il est arrivé le moment de prendre des décisions courageuses", ajoutera-t-il (cf. LDD Côte d’Ivoire 0199/Mercredi 3 janvier 2007). Première "décision courageuse", en ce qui concerne les Forces nouvelles : elles "en appellent à la communauté internationale, garante des Accords, pour qu ’elle se donne les moyens d’amener tous les acteurs, sans exclusive, à endosser pleinement et entièrement la résolution 1721 ".

Deuxième "décision courageuse ". En fait, il n’y en a pas.
Soro évoque seulement la proposition de dialogue lancée par Gbagbo (cf. LDD Côte d’Ivoire 0197 et 0198/Jeudi 28 et Vendredi 29 décembre 2006). Il souligne que les Forces nouvelles ont toujours été ouvertes au dialogue mais, qu’aujourd’hui, "ce dialogue ne peut être envisagé en dehors de la résolution 1721 ".

Il précise également : "Depuis quelque temps, il est fait écho dans la presse de négociations entre les Forces nouvelles et le chef de l’Etat. Je tiens à dire que de telles négociations n’ont jamais eu lieu. En revanche, le chef de l’Etat ivoirien a sollicité son homologue du Burkina Faso, son excellence Monsieur Blaise Compaoré, pour souhaiter des négociations directes avec les Forces nouvelles. Cette sollicitation a été reprise et rendue publique par le chef de l’Etat lui-même, le 19 décembre 2006, dans une intervention télévisée’’.

Pour Soro, hors de la 1721, point de salut "II me semble [...] urgent, avec la participation de tous, de mettre en oeuvre pleinement cette résolution". C’est dire que la marge de manoeuvre en vue d’une négociation est réduite à zéro puisque Gbagbo, de son côté, place sa démarche actuelle "au-delà de toutes les résolutions adoptées". Il ne servait donc à rien de qualifier la situation actuelle "d’impasse" si c’était pour affirmer, dans le même temps, qu’il n’est pas question de manoeuvrer pour en sortir !

On pouvait penser que Soro allait s’arrêter à cette fin de non-recevoir (qui exprimait d’ailleurs une confusion chez le leader des Forces nouvelles : Gbagbo n’entend pas négocier avec Soro mais avec Compaoré car il juge, à juste titre, que la solution à la crise ivoirienne ne peut pas venir des Forces nouvelles mais de Ouaga ; c’est, dans le même temps, vouloir démontrer ce qu’il a toujours affirmé : sans la logistique burkinabé les Forces nouvelles n’existeraient pas !). Or, Soro allait plus loin dans son message à la Nation : il "flinguait" ses alliés des partis d’opposition. "La main tendue de l’autre camp aux Forces nouvelles doit imposer une autocritique à l’alliance du G7. Cette alliance existe-t-elle vraiment encore ? Est-elle sincère ? ".

La proposition d’un "dialogue direct" et l’appel à la médiation de Blaise Compaoré sont des initiatives de Gbagbo qui, une fois encore, a la maîtrise d’un jeu dont, par ailleurs, il parvient à ne jamais respecter les règles. 54 mois se sont écoulés depuis les événements du 18-19 septembre 2002.

54 mois pour se débarrasser des médiations "multilatérales" et engager, enfin, le tête-à-tête entre le pouvoir et la rébellion sous les auspices du régime mis en cause, à l’origine, dans la crise ivoirienne (à un double titre : Alassane Quattara a toujours été accusé par Gbagbo et ses séides d’être un "Burkinabé" et c’est le Burkina Faso que Gbagbo a montré du doigt lors de la rébellion de 2002). C’est dire que le retournement de situation était d’une ampleur exceptionnelle. La nomination de Soro comme Premier ministre y ajoute encore.

A suivre

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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